Non classé

Prix Goncourt de la poésie: l’hommage de Tahar Ben Jelloun à Yvon Le Men

franck_venaille_0.jpg

Vous êtes un troubadour, un voyageur qui porte le poème dans des lieux parfois improbables, parfois sur des scènes importantes ; vous êtes le messager d’une parole toujours vive, urgente et rarement paisible. La poésie vous habite au point où toute votre vie lui est consacrée. Vous allez d’une ville à un village, d’une plaine à une prairie dire, réciter le poème qui a besoin d’être dit pour vivre, qui a besoin d’être entendu pour poursuivre son chemin vers d’autres écoutes.

Vous êtes un poète du terrain, un observateur sans relâche, vous scrutez la terre, vous êtes dans la vie concrète et aussi invisible et vous dites vos poèmes.

C’est parce que vous êtes absolument convaincu que la poésie sauvera le monde, un monde de plus en plus inquiet, malade ou inconscient. Vous êtes certain que seule la poésie fera se lever des consciences et peut-être entamera un réveil sain et nécessaire.

C’est parce que vous considérez que «le poème est le plus court chemin d’un homme à un autre» (Eluard), que vous êtes un passeur, vous transmettez avec bonheur votre rage et votre émerveillement.

Comme Kateb Yacine qui est arrêté un jour à Sidi Bel Abas par un vieil homme ne sachant ni lire ni écrire et lui dit «tu es Kateb, c’est-à-dire écrivain, alors assieds-toi et écoute-moi», il vous est arrivé, vous aussi d’être interpellé dans une rue à Lannion par un inconnu qui vous dit: «Toi t’es poète, t’as le temps, tu m’écoutes»!

Vous l’écoutez parce que le poète est aussi celui qui écoute le monde, qui prend le temps de recueillir les paroles de ceux qui passent, comme «ces hommes des mains fatiguées avant l’heure/ qui ont bâti la maison de mes poèmes»

Vous interrogez les mots, vos outils, vos amis, vos compagnons ; ils passent en regardant les yeux dans les feuilles/ les arbres qui les perdent/ sur l’herbe qu’elles fécondent.

Vous dites: «Voici des fruits, des fleurs, des feuilles et des branches/ Et puis voici mon cœur qui ne bat que pour vous/ Ne le déchirez pas avec vos deux mains blanches.»

Vous êtes un voyageur ; vous prenez des chemins de traverse, vous ne choisissez pas la ligne droite, vous êtes guidé par une curiosité vive ayant à l’esprit ces vers de Constantin Cavafy: «Quand tu prendras le chemin vers Ithaque/ Souhaite que dure le voyage / Qu’il soit plein d’aventures et plein d’enseignements».

Vous êtes dans la vie, la vie vaste, dites-vous. Vous vous êtes rendu plusieurs fois à Sarajevo et vous avez tout absorbé, la terre pleine de sang, des visages dévastés, des mains fatiguées, des regards humains qui attendaient un peu de poésie pour vivre.

Ailleurs, à Pékin, dans un grand théâtre vous avez lu un poème sur la mort de votre mère. La salle émue était silencieuse. À la fin quelqu’un est venu vous voir et vous a dit «Nous avons perdu notre mère nous aussi…».

Vous évoquez, concernant ce désir de poésie, «une petite lampe dans la nuit de la conscience pour l’éclairer».

Cher Yvon Le Men, votre poésie nous éclaire et nous montre le chemin. Il n’est pas facile, il n’est pas donné, car il est en chacun de nous. La poésie nous aide à le trouver et à le suivre avec rigueur et exigence.

Merci Cher Yvon Le Men d’avoir traduit pour nous le bruit de l’eau et la poésie du vent quand il traverse les branches de l’arbre de vie. 

Publicités

Catégories :Non classé

1 réponse »

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s