La chronique du poète (2)

Rodrigue Hounsounou (1986-) – Partenaire d’AFROpoésie – BÉNIN

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Je voudrais écrire

Écrire pour donner du poids aux mots.

Je voudrais écrire

Écrire pour casser les barrières avec mes mots

Je voudrais écrire

Écrire pour poignarder avec mes mots

Je voudrais écrire

Parce qu’avec mes mots,

Je voudrais apaiser les cœurs

Remplis de haines et de rancœurs

Empilées dans un monde de frayeur.

Chantons tous en chœur;

Je voudrais écrire

Écrire pour enflammer,

Éveiller

La conscience des endormis,

Bercés et bernés dans l’ignominie

Des politiques sans scrupule ;

Voraces et vampires des ardeurs puériles

D’une jeunesse

Frappée de vieillesse.

Je voudrais écrire

Écrire pour enflammer,

Déchaîner

Cette jeunesse attachée à la barbarie

Dictée par une gouvernance furie,

Voleuse, corrompue et sans objectif ;

D’une jeunesse devenue frivole,

Kennessi, cybercriminelle

Par la force de ses objectifs.

Chantons tous en chœur ;

Je voudrais écrire.

Écrire pour redonner à la nature

Sa verdure

Une vertu

Détruite par la science immature ;

Chantée, louée, plébiscitée

Par des hommes sans vertu;

Fanatiques d’une politique scientifique

Qui se veut hyperbolique,

Universelle

Démentielle !

Je voudrais écrire

Écrire pour bannir la famine,

La guerre devenue morphine

Et les pires atrocités

Que le monde ait enfanté.

Je voudrais écrire

Écrire pour redonner de l’espoir

A ceux qui sont aux abois sans foi.

Je voudrais écrire

Écrire pour ne plus jamais m’arrêter.

 

 

Retrouvez La chronique du poète (1) en cliquant ici

 

 

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L’afropoète Mandiaye Camara présente son premier recueil!

Je me nomme Mandiaye CAMARA dit CamouMC L’Africain. Je suis partenaire d’AFROpoésie et membre et co-gestionnaire  de délégation AFROpoésie-Afrique de l’Ouest.

J’ai l’honneur et le plaisir de vous faire part de la publication de mon premier recueil individuel édité par Les Editions du Net et intitulé « Jeu s’lâme ».

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Jeune Haïtien en colère

René Depestre (1926-) – HAÏTI

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C’est un temps où les hommes cherchent des fétiches et des mots magiques à accrocher aux malheurs quotidiens : les mots amour espoir et liberté meurent de froid et de
chagrin sur toutes les lèvres.

Vient un jeune homme aventureux des îles il répudie le fauve qui traque les mots, en l’an 47 son sang devient fou à force de draguer la vie des mots.

Il congédie tous les mots usés

tous les mots qui ont le cou et les pieds

pris aux pièges à faucons et à vrais cons.

Il garde les mots qui débordent

en tous sens de son âme en danger :

les mots ensorceleurs des matins de voyage

les mots qui portent leur époque à bout de bras

les mots qui lèvent des baraques et des tentes

et des saltimbanques à la foire des mots.

Après avoir bouclé leur valise à magie

tout écume sous ma peau noire : tout

tremble, vibre, explose à merveille

dans mon jeu d’homme épris de soleil féminin.

La vie tourbillonne, ivre de la dynamique

solaire des mots, tout en moi s’élève en flammes qui retombent toujours sur leurs roues.

Je suis le moyeu de la roue des mots

je tourne autour du dieu païen des consonnes

mon esprit-alphabet brûle de tous ses feux avide de nommer des choses inconnues : arbres, animaux, êtres légendaires en orbite autour de la fée des voyelles !

mon imagination porte sa vision des mots

jusqu’à de fantastiques banlieues : enroulé

dans la poussière de mon chagrin, totalement

ivre de mon impuissance à changer – ne serait-ce

qu’un iota du monde où l’on vit – je reste

ce jeune poète qui désespérément

tend les bras tout en haut d’un trapèze

au carrefour d’un après-guerre de rêve

où l’homme et la femme s’amusent

à lever des braises dans mes terrains vagues !

je sens mes veines qui éclatent

dans la violette ébullition des mots !

leur sève tire le français de mes phantasmes :

les mots de
Bossuet emportés par les cent

chevaux à vapeur créoles de mes passions,

la prose à la joyeuse madame
Colette

– dans ses années potagères – tirée

par les bœufs sensuels de ma créolité !

ô fureur panthéiste des mots français porteurs de l’énergie qui met le feu à la géométrie des femmes !
Porteurs fous des roues qui ajoutent des courbes à la rotation du merveilleux féminin ! ô vertige des mots qui se lèvent tôt dans les draps de nos vingt ans !

 

 

 

Etranges étrangers

Poème de Jacques Prévert (1900-1977) – FRANCE

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Kabyles de la Chapelle et des quais de Javel
hommes des pays lointains
cobayes des colonies
Doux petits musiciens
soleils adolescents de la porte d’Italie
Boumians de la porte de Saint-Ouen
Apatrides d’Aubervilliers
brûleurs des grandes ordures de la ville de Paris
ébouillanteurs des bêtes trouvées mortes sur pied
au beau milieu des rues
Tunisiens de Grenelle
embauchés débauchés
manœuvres désœuvrés
Polacks du Marais du Temple des Rosiers

Cordonniers de Cordoue soutiers de Barcelone
pêcheurs des Baléares ou bien du cap Finistère
rescapés de Franco
et déportés de France et de Navarre
pour avoir défendu en souvenir de la vôtre
la liberté des autres
Esclaves noirs de Fréjus
tiraillés et parqués
au bord d’une petite mer
où peu vous vous baignez
Esclaves noirs de Fréjus
qui évoquez chaque soir
dans les locaux disciplinaires
avec une vieille boîte à cigares
et quelques bouts de fil de fer
tous les échos de vos villages
tous les oiseaux de vos forêts
et ne venez dans la capitale
que pour fêter au pas cadencé
la prise de la Bastille le quatorze juillet

Enfants du Sénégal
dépatriés expatriés et naturalisés

Enfants indochinois
jongleurs aux innocents couteaux
qui vendiez autrefois aux terrasses des cafés
de jolis dragons d’or faits de papier plié

Enfants trop tôt grandis et si vite en allés
qui dormez aujourd’hui de retour au pays
le visage dans la terre
et des bombes incendiaires labourant vos rizières

On vous a renvoyé
la monnaie de vos papiers dorés
on vous a retourné
vos petits couteaux dans le dos

Étranges étrangers
Vous êtes de la ville
vous êtes de sa vie
même si mal en vivez
même si vous mourez.

 

 

Étranges étrangers”, tiré du recueil “Grand bal du printemps” paru aux éditions Gallimard
© Fatras/ Succession Jacques Prévert, pour les droits audiovisuels et numériques

 

 

La terre, nous y retournerons

Poème de Souleymane Kidé (1980-) – Partenaire d’AFROpoésie – MAURITANIE

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C’est un recommencement
Et dans l’état naturel nous serons
Ces boues d’hommes d’hier
Ces boues pensantes d’hier
Ces boues mobiles d’hier
Ces boues réfractaires à la boue
Boue étrangère et aliénée
C’est dans cette boue nous retournerons !

C’est un recommencement
Dans la boue dénudée de souffle
C’est un bois sans sève
C’est un sommeil sans rêve
Cette homme de boue
Et l’homme fond en boue
Et boue augmente en masses
C’est la métempsycose !

.
La terre est prolixe
Sa langue est sa longévité
Terre immuable
Terre non malléable
Terre indolente
Terre fertile.

 

 

Figuration rapace

Poème d’Aimé Césaire (1913-2008) – FRANCE (Martinique)

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Troncs-thyrses
draperies
conciliabules de dieux sylvestres
le papotage hors-monde des fougères arborescentes

çà et là un dépoitraillement jusqu’au sang
d’impassibles balisiers

figuration rapace
(ou féroce ou somptueuse
la quête est la soif de l’être)

Bientôt sera le jeu des castagnettes d’or léger
puis le tronc brûlé vif des simarubas

Qu’ils gesticulent encore selon ma propre guise
théâtre dans la poussière du feu femelle :
Ce sont les derniers lutteurs fauves de la colline

Ministre de la plume de cette étrange cour
c’est trop peu de dire que je parcours
jour et nuit ce domaine
C’est lui qui me requiert et me nécessite
gardien :
s’assurer que tout est là
intact absurde
lampe de fée
cocons par besoin terreux
et que tout s’enflamme soudain d’un sens inaperçu
dont je n’ai pu jamais infléchir en moi le décret

 

 

In Espoirs et déchirements de l’âme créole

 

A Muḥ a Muḥ aker mattaduḍ anruḥ (Oh Moh oh Moh lève-toi si tu veux partir avec nous)

Texte d’une chanson de Slimane Azem (1918-1983) – ALGÉRIE (Kabylie)

Traduction de l'amazigh au français d'Idir Tas (1960-) – Partenaire d’AFROpoésie - ALGÉRIE (Kabylie)

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Istikhbar (Introduction)

Ldzayer ttamdit yalhan (Alger est une belle ville)

Ṭafɣad ḍi l’jarnan  (Les journaux en parlent)

Ḍi l’Afrik mac-hur yismis (Dans toute l’Afrique son nom est célèbre)

A Siḍi ɛabderaḥman (Oh Saint-Abderahmane)

A bab al burhan yakwan (Tu as donné des preuves éclatantes)

Arad aɣrib sa ḳamis (Ramène l’exilé dans sa maison)

 

Aḥiḥa (Refrain)

A Muh a Muh (Oh Moh oh Moh)

Aker mattaduḍ anruh (Lève-toi si tu veux partir avec nous)

A Muh a Muh (Oh Moh oh Moh)

 

Asmi iqbal ad ruḥaɣ (La veille de mon départ)

Zuḳɣassen atas il waldin (J’ai bien fanfaronné devant mes parents)

Niɣassen aduɣalaɣ (Je leur ai dit que je reviendrai)

Ma tulaɣ assagas naɣ sin (Au plus tard dans un an ou deux)

Harqaɣ am ṭarga aḍ ruḥaɣ (Je me suis consumé dans un rêve sans revenir)

Ṭura aḳṭar ma ɛacra snin (Maintenant cela fait plus de dix ans)

 

Anaɣ a sidi rabi (Pourquoi oh mon Dieu)

Al ḥanin aya maɛzouz (Oh le très doux oh le très cher)

Ṭamziw aṭruḥ ḍa korfi (Ma jeunesse s’est usée en corvée)

Ḍu metru ḍaḳel uderbouz (Dans le métro à l’intérieur d’un trou)

Ḍal Paris ṭaḥkam fali (Paris a pris possession de moi)

Uaqila ṭasɛa laḥrouz (On dirait qu’il a des talismans)

 

Aqliyi amin ihalḳen (Je suis comme quelqu’un de malade)

Attrajuɣ madali ṭaburṭ (Qui attend que s’ouvre une porte)

Ḍi lɣurba walfaɣ ḍayen (Je me suis habitué à l’exil c’est fini)

Ma ḍ ul iw yabɣa ṭamurṭ (Mais mon cœur lui désire revoir son pays)

Ma ruḥaɣ ulac iḍrimen (Mais si je pars je n’ai pas d’argent)

Ma qimaɣ ugaḍaɣ almuṭ (Mais si je reste j’ai peur de la mort)

 

Ur inɣa ur imarzi (Je n’ai blessé ni tué personne)

Siwa darya-ni i ḍouraɣ (J’ai seulement fait du tort à mes enfants)

Nu-ṭ-ni attrajun iyi (Eux ils attendent mon retour)

Ma ḍnak ugiɣ a ḍ ruḥaɣ (Mais moi je refuse de partir)

Alɣurba ṭazi yissi (L’exil m’a assiégé)

Iɛarqiyi abriḍ ittaɣaɣ (J’ai perdu le chemin que j’ai jadis emprunté)

 

 

 

Le temps fait perdre les mots et les noms, mais pas le regard

Poème de Jonathan Ikami (1997-) – Partenaire d’AFROpoésie – RDC

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Mes yeux collés aux véhicules passant
Ternis sous un soleil accablant
L’espoir, sous la malice du désespoir béant,
S’engouffrait
Alors qu’une revêche m’attendait
Quoi donc ?
Deux regards se croisèrent
Des souvenirs se révélèrent
Les noms s’oublièrent ;
Si le temps avale les mots, les noms,
Les regards et les souvenirs s’inscrivent gravés comme sur marbre.
Au simple jet de ton sourire
Tu fis vaciller le baobab de mon être
Sous l’ouragan de ton nom, oublier,
Amie, que des années nous éloignaient
Que la distance nous séparait.
Et quand d’un mince mot sur tes lèvres
Perdue dans la joie de la rencontre,
Ton nom se rappelait ma tête
Je t’ai revue comme autrefois.
Amie que le temps jaloux
Nous précipitait à nous séparer,
Quand allons-nous nous revoir ?
Quand allons-nous raconter nos mémoires
De huit ans perdus dans les armoires.
Amie, le temps qui seul nous sépare,
Finira par nous rassembler
Sous le vent de l’avenir
Qui se promet.
Quand allons-nous nous revoir, amie
Quand nos regards éblouis de ce jour
Se joindront encore ?
Amie, de la même manière
Que le vent nous a séparés
Regarde, il nous unira,
Le temps ô ennemi de mon enfance
Les noms de ceux-là que tu as emportés
O j’implore leur innocence
De se voir oublier dans ma caboche.
Amie, ton regard ne s’éteindra pas
Ni ton sourire
Qui a rajeuni ma journée.

 

 

Jamaica, Land We Love (hymne jamaïcain)

(Paroles en français)

Père éternel! bénissez notre terre
Gardez-nous de votre main puissante
Gardez-nous libres des puissances du mal
Soyez notre lumière à travers d’innombrables heures
À nos dirigeants, Grand Défenseur
Accordez la vraie sagesse d’en haut
Que la justice, la vérité, soient nôtres pour toujours
Jamaïque, terre que nous aimons
Jamaïque, Jamaïque, Jamaïque, terre que nous aimons.

Enseignez-nous le vrai respect pour tous
 Provoquez la réponse à l’appel du devoir
 Renforcez-nous pour chérir le faible
 Donnez-nous la vision, de peur que nous périssions
 La connaissance nous envoie le père céleste
 Accordez-nous la vraie sagesse d’en haut
Que la justice, la vérité, soient nôtres pour toujours
Jamaïque, terre que nous aimons
Jamaïque, Jamaïque, Jamaïque, terre que nous aimons.

 

Pour en savoir plus sur l’hymne national jamaïcain, cliquez ici