Epitaphe

Léopold Sédar Senghor (1906-2001) – SÉNÉGAL

1024px-Joal_(AOF).jpg

Quand je serai mort mes amis, couchez-moi sous Joal-l’Ombreuse
Sur la colline au bord du Mamanguerly, près de l’oreille du sanctuaire des serpents
Mais entre le Lion couchez-moi et l’aïeule Téning-Ndyaré.
Quand je serai mort mes amis, couchez-moi sous Joal-la-Portugaise. des pierres du Fort vous ferez ma tombe, et les canons garderont le silence
Deux Lauriers roses -blanc et rose embaumeront la Signare.

Quand j’aurai perdu les narines et soif de tendresse vivante, telle une boisson de prédilection
Versez mes amis sur ma tombe, le lait de vos prières le vin de vos chants frais. là-haut chanteront les alizés sur les ailes des palmes.
Ah! ce chant qu’il bruisse toujours le chant marin la nuit,
soyeux sur les ailes des palmes
La rumeur doucement dans ma poitrine qui me tient éveillé, je dors et ne dors pas
Et je bois le lait le vin de la nuit qui ruisselle sur les palmes.
Et Marône la Poétesse ira rythmant
« Ci-gît Senghor, fils de Dyogoye-le-lion et de Ngilane-la-Douce. Si fort il aima le pays sévère -les paysans, les pasteurs, les pêcheurs
Les athlètes plus beaux que filaos et les voix contraltos des vierges
– Qu’à la fin son cœur se rompit. »
Quand je serai mort ma Signare, couche moi sous Joal-l’Ombreuse
A l’ombre des Ancêtres

 

 

Publicités

Garçon

Édouard Glissant (1928-2011) – FRANCE (Martinique)

Foret_primaire_de_Bebour.jpg

C’était en un temps
Où le journal était un carré blanc
Tenu par la mère au-dessus du seuil
Où jouait l’enfant.

Et dehors il y avait

Tous les nids et tous les champs,

Tous les chemins creux au-dessous du vent

Avec leurs trous pour les serpents.

Il y avait les ronces des champs.

Et en soi une force

Plus forte que le vent,

Pour plus tard et pour maintenant,

Contre tout ce qu’il faudrait,

Certainement.

C’était bien pour sa rançon
Qu’il lui rapportait le pain.

Et pour éteindre son œil
Qu’il n’abusait pas du lait.


Il y avait des épaves de pain

Qu’il n’arrivait pas à manger — tellement

Il leur contait de choses.

On fait semblant d’être à la table
Et d’écouter.

Mais on a glissé

Parmi les feuilles mortes,

Et l’on couve la terre.

On peut se sourire
Et y colérer.
On caresse les feuilles
Et on les déchire.

A la voix qui gronde
On en sort mouillé,
Pour obéir.

Mieux valait faire la petite guerre dans les champs

Que s’angoisser au soleil couchant,

A cause de son sourire peut-être, à elle,

Ou à cause de tout.

Mieux valait se faire des bâtons avec le houx

Pour la gueule des chiens,

Mieux valait se battre dans les genêts,

Rendre coup pour coup et deux coups pour un —

Que venir encore aux étranges flaques d’eau,
Pleines de reptiles, de vase, de racines,
Attendre d’y voir le soleil couchant
Verser comme du sang.

Plus pour chercher la carrière des fées,
La dormeuse dans le bois aux merles d’or,
La caresse peureuse de la bête câline
Qui sort vers la nuit de la terre des champs,
Les loups de l’hiver pour leur faire tout dire
Des graines de vipère, du palais des guêpes.

S’il est question de loups, ce n’est que pour se battre,
Pour enfoncer le poing bien profond dans leur gueule
Et voir virer leurs yeux — car c’est bon d’être fort.

Quand la guerre est au loin sur les chantiers de l’est,
Les garçons du bourg
S’acharnent aux champs.

Avant que les touche la rosée du soir,
Force est de venir patauger dans l’eau
Près des haies feuillues.

Et toujours ils savent
Y tailler un arc.

Mais ils ne savent pas
S’arracher cette rage.

 

 

 

La chronique du poète

Rodrigue Hounsounou (1986-) – Partenaire d’AFROpoésie – BÉNIN

Hermannsburg_Kruzifix_St.Peter_Paul_Kirche.jpg

Samedi !

Jour de funérailles au Bénin.

Partout, des tables et chaises en plastique.

Dans les demeures, à l’entrée des vons et des portiques,

Sur les espaces vagues, souverains;

Des bâches montées et décorées bon enfant

Pour accueillir la réception.

 

13 heures ! La réception !

Après la messe corps présent,

Cuillères et fourchettes se passeraient

Le mot pour accompagner

L’hors-d’œuvre et le pain frais,

Le riz au gras et la viande de poulet,

Le Mân et l’Akassa,

Le Ablo et le Djâ

Dans leur dernière demeure :

Le ventre, l’avaleur.

 

Les verres en concert avec les bouteilles

Engloutiraient des litres

D’ Ekous et de Beauforts,

De Bières et de Sodabis.

 

Et dans ce festin paradoxal,

On rappellerait les souvenirs du défunt.

Ironie du sort, c’est devant les plats solennels

Qu’on évoque la mémoire du défunt

En savourant la musique.

 

La musique !

Cette pollution sonore,

Ce vacarme assourdissant et multicolore

Qui commence du jeudi,

Jour de dot pour les beaux-fils

Au dimanche minuit,

Dernier jour de réception

Des invités retardataires;

Pertubent l’entourage et l’obligent à veiller

En délectant de la musique

Jusqu’au petit matin.

 

Au Bénin, les éplorés, au lieu de manifester

Leur profonde marque de sympathie, d’affection

Et d’affliction

A l’égard du décédé,

Préfèrent y opposer

Une démonstration de richesse

Au risque de s’endetter.

 

S’endetter !

Parcelles et maisons vendues express,

Prêts contractés dans les banques

Au détriment d’enfants déscolarisés,

Errant dans les rues, désœuvrés

Qui pourtant arboreront d’authentiques

Pagnes Tchivi du vendredi soir,

Le Léxi brodé du samedi avec le Gôbi en soie

Et le Tchigan Wax du dimanche.

Hélas ! Ils referont bientôt dans les rues la manche.

 

Les Béninois préfèrent investir

Dans le mort

Plutôt que d’investir dans le vivant.

 

Promenez votre regard tout autour de nous

Pour voir le nombre impressionnant

De personnes qui vivent parmi nous

Dans une misère repoussante,

Triste

Mais qui ont pourtant des enfants,

Des parents,

Des alliés et amis nantis;

Qui vivent dans le confort.

A leur mort,

La collectivité vient organiser

Un enterrement grandiose, insensé.

Au Bénin, les morts se fêtent.

 

On découvre là, tristement

Les vices et crasses

Qui avilissent

Mon pays dans le sous-développement.

 

 

La Marseillaise (hymne de Mayotte et de La Réunion)

Premier couplet

Allons, enfants de la Patrie,
Le jour de gloire est arrivé !
Contre nous de la tyrannie
L’étendard sanglant est levé, (bis)
Entendez-vous dans les campagnes
Mugir ces féroces soldats ?
Ils viennent jusque dans vos bras
Égorger vos fils, vos compagnes !

Refrain

Aux armes, citoyens,
Formez vos bataillons,
Marchons, marchons !
Qu’un sang impur
Abreuve nos sillons !

Couplet 2

Que veut cette horde d’esclaves,
De traîtres, de rois conjurés ?
Pour qui ces ignobles entraves,
Ces fers dès longtemps préparés ? (bis)
Français, pour nous, ah ! quel outrage !
Quels transports il doit exciter !
C’est nous qu’on ose méditer
De rendre à l’antique esclavage !

Refrain

Couplet 3

Quoi ! des cohortes étrangères
Feraient la loi dans nos foyers !
Quoi ! ces phalanges mercenaires
Terrasseraient nos fiers guerriers ! (bis)
Grand Dieu ! par des mains enchaînées
Nos fronts sous le joug se ploieraient !
De vils despotes deviendraient
Les maîtres de nos destinées !

Refrain

Couplet 4 

Tremblez, tyrans, et vous, perfides,
L’opprobre de tous les partis,
Tremblez ! vos projets parricides
Vont enfin recevoir leurs prix ! (bis)
Tout est soldat pour vous combattre,
S’ils tombent, nos jeunes héros,
La terre en produit de nouveaux,
Contre vous tout prêts à se battre !

Refrain

Couplet 5

Français, en guerriers magnanimes,
Portez ou retenez vos coups !
Épargnez ces tristes victimes,
À regret s’armant contre nous. (bis)
Mais ces despotes sanguinaires,
Mais ces complices de Bouillé,
Tous ces tigres qui, sans pitié,
Déchirent le sein de leur mère !

Refrain

Couplet 6

Amour sacré de la Patrie,
Conduis, soutiens nos bras vengeurs.
Liberté, Liberté chérie,
Combats avec tes défenseurs ! (bis)
Sous nos drapeaux que la victoire
Accoure à tes mâles accents,
Que tes ennemis expirants
Voient ton triomphe et notre gloire !

Refrain

Couplet 7 (dit « couplet des enfants »)

Nous entrerons dans la carrière
Quand nos aînés n’y seront plus,
Nous y trouverons leur poussière
Et la trace de leurs vertus (bis)
Bien moins jaloux de leur survivre
Que de partager leur cercueil,
Nous aurons le sublime orgueil
De les venger ou de les suivre.

Refrain

 

Pour en savoir plus sur l’hymne national français, cliquez ici

 

 

 

Initiation à la poésie iranienne – partie IV (proposée par Monia Boulila)

Monia Boulila (1961-) – Partenaire d’AFROpoésie – TUNISIE

Iran_(orthographic_projection).svg

 

48

 

Nous avons tous une feuille

Sur cette corde à linge

Au côté des vêtements mouillés

J’épingle ma feuille sur la corde

Je sens

Etre un arbre

 

49

 

Je chute dans une zone

Où les lettres ne sont jamais nées

Où aucune pensée n’est bannie

Vêtue en fleur

Je danse en ta mémoire

Je grave cette danse sur la pierre

Un milliard d’années passées

Cette danse

Signifierait toujours l’amour

 

50

 

Ce que j’écris

Est emprisonné et mis à mort

Avec un alphabet malade

Faut-il vivre la liberté

 

51

 

Tu viens

Mon ombre sur tes épaules

Tu pars

Je reviens sans ombre

 

52

 

N’imagine pas que je dors dans les bras de la mort

C’est la mort

Qui dort dans mes bras

Fais confiance

à la berceuse de mes yeux

 

53

 

Malgré toute ma haine pour toi

Je ne te souhaiterais pas de mourir

Que la mort vieillie

 

54

 

Tu n’es pas là

Mais chaque nuit

Tes mains sur mes épaules

Et tu gardes entre tes doigts une cigarette allumée

 

55

 

Ma solitude

Tu veux enterrer le bruit d’une grande route

En moi

N’avance pas

Laisse les papillons

S’envoler en moi

 

56

 

La vie est si catastrophique

Que

Rien d’autre

Ne semble catastrophique

 

57

 

Tu as vieilli très vite

Je n’étais pas un bon enfant pour toi

A ta vieillesse

Je regrette de dire que

Tu dois aller à la maison de retraite

Mon amour

 

58

 

Je me suis réveillé

Le monde était déjà parti

Je suis resté avec

Cet espace vide

 

59

 

Hier

Elle s’était perdue dans les motifs de son tchador

Aujourd’hui

Elle s’est retrouvée dans les bourgeons du pommier

 

60

 

J’invite

Mort à

Salut à

Au thé

Pour que la vie vie sa vie

 

61

 

Nous ne sommes que des crachats

On s’imagine toujours un chant

Dont le chanteur a été assassiné

Mais nous ne sommes que des crachats

 

62

 

Rien ne murmure

Le silence

S’affiche sur les signes

Dans toutes les rues

 

63

 

Te voir

Est une habitude

Quand tu n’y es pas

Je te vois encore plus

 

64

 

Ma mère parle la langue des hirondelles

Mon père enseigne l’alphabet des fourmis

Moi je connais le langage corporel des poissons

Toi, tu ne traduis que par toucher amoureux

La distance

Te rend illisible

 

65

 

Sois où que tu sois

L’amour est étrange

Il existe quand tu existes

Tu n’existes pas et l’amour se fait de plus en plus sentir

 

66

 

Je pense à toi

Les cicatrices de mon corps

se cicatrisent

Et si tu penses à moi

Je suis invincible

Sans le talon d’Achille

Et les yeux d’Esfandyar

 

67

 

Toi et moi

Avons regardé les nuages

Tu partais

Et je tombais

Avec les nuages

 

68

 

Nous sommes vivants dans nos tombes

Et morts dans nos lits

La vie ne nous va pas

Et la mort ne va à personne

Exister, ne pas exister

Telle est la question bien erronée

 

69

 

Le monde est petit

Plus petit que toi

Et nul ne sait

Combien de galaxie de vie

Se trouve

Dans tes bras

 

70

 

Si tu n’existais pas

Je serais une estrade en ciment froid

Couverte de mousses mouillées

J’ai laissé une plante verte

Comme trace

Pas un bon signe

Sans toi

Je ne bourgeonne plus

Regarde cette plante même

Tu me verras danser doucement

 

Poème de SânâzDâvoudzâdéfar

Extrait de Je piétine sur les lettres mortes

Traduit par Kianouche Amiri

Initiation à la poésie iranienne – partie III (proposée par Monia Boulila)

Monia Boulila (1961-) – Partenaire d’AFROpoésie – TUNISIE

Iran_(orthographic_projection).svg

21

 

Tu étais sans prélude

Et sans toi

Le monde tout entier

Avait un prélude

 

22

 

Tu es devenu archéologue

À toi de déchiffrer la date de la fossilisation des cellules de mon cerveau

Tu as foré dans mon existence

Tu as compris

Un squelette de 70 kilos de viande, de gras, de vêtements et de chaussures

Il fut mort une vingtaine d’années

Or le médecin légiste le salue toujours

Un squelette de 70 kilos de viande

Sifflant dans le parc

Des morceaux de sa viande donnés aux chats

Et son cerveau aux petites corbeilles

Pour qu’elles jouent avec les pigeons quand elles seront grandes

Un squelette qui, dans sa lutte contre le réchauffement climatique,

S’est écorché

Pour donner sa peau aux manchots polaires

En cirant à tue-tête

Ne donnez pas espoir aux frigos de la ville

Tu es devenu archéologue

Tu auras mon squelette

 

23

 

Une île lointaine

Dans un labyrinthe de désillusion

Des flammes du feu qui ne s’éteint jamais, le vent soufflant

Les coraux morts

Les fantômes des arbres

Qui peinent à inspirer

Sur les sentiers qui ne mènent nulle part

Des prisonniers

En tenue de travail, de sommeil, de repas

Je me jette dehors

Je n’ai qu’une vingtaine

Dans le labyrinthe de désillusions

La corbeille ne cesse de crier

Il faut tout chaud ou tout froid

Il ne pleut pas pour la plupart de l’année et un jour il pleut follement

Je me jette dehors

Dans les eaux usées et croupies

Nombres à dix chiffres

Des marchandises emmagasinées

Je me rétrécis

Mes paroles sont mélodiques

Mes mots tournent et tournent

Ils effacent les points

Certains suivent des régimes de paroles

Pour que les petites casques de protection

Leur soient propres

Peut-on voir l’amour par satellite?

Dans les vingtaines

Ici

Un an après

On a 60 ans

 

24

 

Pour la nuit

La couleur de vêtements n’a aucun sens

Moi ici, mes saisons ont la couleur de ses vêtements

 

25

 

Bref, la libellule

Qui s’est assises sur le mot de ton cœur

Avant de s’envoler

Devient enceinte si tu touches à des mots

Et elle met bat des mots

Range les mots

Et je serai lu

 

26

 

Théâtre

Toute ta vie

Ta chambre de sommeil est noire

Tu fais des brouillards avec la fumée de ta cigarette 

Au bout du compte

Il ne reste qu’une silhouette noire de toi

Ne me trompe pas avec ces charades

 

27

 

Il était plus fatigué que l’on ne pensait

Il allume une cigarette

Il s’allonge sur le sofa en cuir

Il s’efforce d’oublier le monde 

Peu après, il s’endort

Comme un petit enfant

De la paix

 

28

 

« Je t’aime »

Mon cœur était naïf

De penser que cette phrase ne fut dite que

Par toi

Et des messagers

 

29

 

Même quand je prends du somnifères

Je suis gonflé de toi

Je suis feuilleté

Tu me lis entièrement

Je suis réveillé

Même la mort ne pourrait vaincre ta présence

 

30

 

La mort vient

Tout le monde est en congé

Il faut l’accompagner

En ne sachant

Qu’elle aura

Le dernier mot

 

31

 

Dans la poche des mots déchirés

Tout est perdu

Avant qu’il ne soit tard

Fais passer les deniers mots

A ta langue

 

32

 

Tu es au milieu du feu

Je deviens cendre

Tu ne brûles pas

Je brûle sans feu

Voilà la façon dont

Nous nous effaçons

 

33

 

Mourir debout

Est un vœu lointain

Voilà des années que sont nés

Les arbres horizontalement

 

34

 

Quand on ne peut pas partir

Je dessine un cheval

On peut entendre des galops et des hennissements

Au milieu des couleurs

Cette peinture

Ne s’apprivoise pas

 

35

 

Je suis né aux coups de feu

Le mortier fait partie de ma famille

De mon lit

De mon domicile, de mon épouse

De mon linceul

De mon gilet de suicide

La mort est un petit jeu

 

36

 

T’es devenu une croix

Je te couds sur moi-même

La couronne de ton épine sur mes cheveux

Ressemble à un poisson se tordant de douleur

Sur les sables mouillés

 

37

 

La Terre

Comprend quatre lignes de transport

Et mille notes musicales

Sans les corbeilles

La terre chante le printemps en bégayant

 

38

 

Tu ouvres le journal

On voit des mortiers sauter

Des corps terrifiés sortant de tombe

Cachés derrières toi

La sirène de raids aériens retentit

Des chars sur la table

Les avions franchissent le mur du son

On se cache sous la table

Tu les menaces de retourner au journal

En rampant

Tu fermes le journal

Faisant semblant de dormir

Ce journal n’aide à nettoyer aucune vitre

 

39

 

Je bois du café

Le marc c’est ton visage

Et une silhouette qui

Ne me ressemble pas

Avec toi

Mon ombre

Est une ligne tremblante

 

40

 

Le temps goutte

Sur toutes les feuilles vertes

Mes allées et venues dans la limite de la voie lactée

Je corromps le temps

Pour qu’il s’écoule moins vite

J’ai peur que la mort

N’entre pas dans un marché

 

41

 

Comme le magazine

Plein de cartouches

Dès que je sourcille

Ma balle te tuera

Si je ne sourcille pas

Mes molécules deviennent une poudrière

Sur mon dos

Je deviens une bombe

Je tire en l’air

Je suis criblé de balles

On se bat tous les deux pour mourir

Je marche

La balle retentit

Je dors

La balle retentit

Je meurs

La balle retentit

Les bouches des hommes

Sentent la poudre

 

42

 

Ta présence est comme des points de suspension

Représentant ta continuité

La hauteur des écritures illisibles

Je me perds sur le sentier de tes paroles

Mes colonnes toutes vides

Ne seront pleins

De tes écritures

 

43

 

Constituant de grandes parties de moi

Un petit poisson rouge

Etranger avec des mots pluvieux

Le cauchemar d’un petit aquarium rempli d’eau boueux

Ayant fossilisé mes écailles

Ma douleur s’est gravée sur mon corps en hiéroglyphe

Regardez mes douleurs aux musées

 

44

 

Le manque de toi

Fut peint comme un visage

Sans lèvres

Mes pupilles noires pleuraient dans mes mains

Et chacun de mes cheveux

M’échappait

Comme un pissenlit au vent

Tu n’es pas venu

La peinture vendait bien

 

45

 

Sans prélude

Mon crayon devint un platane

Plein de corbeilles

Couvant sur tous mes paroles

Comment puis-je t’écrire que

Mon cœur avait un pigeon pour toi

 

46

 

Tout mon amour

S’accommode dans une boîte à allumettes

Allume

Ta cigarette

Dans le souffre de mes imaginations

De toi

Me suffirait cela et l’odeur de tabac

Qui brouilleraient ma vie

 

47

 

Le prix de la mort

Est moins cher que tous les oliviers

Même si on plante des oliviers sur toute la Terre

Il n’y aura pas de paix

 

Poème de SânâzDâvoudzâdéfar

Extrait de Je piétine sur les lettres mortes

Traduit par Kianouche Amiri

Initiation à la poésie iranienne – partie II (proposée par Monia Boulila)

Monia Boulila (1961-) – Partenaire d’AFROpoésie – TUNISIE

Iran_(orthographic_projection).svg

9

 

T’as appris mon regard

Ne cherche plus ma douleur

On l’a déjà tracée

Apprends de mes nouvelles chez les moineaux

Je portais un regard de moineau

 

10

 

Depuis des nuits

Au lieu de toi au lit

S’endort l’uranium enrichi

Je l’embrasse

Une fumée blanche croissant comme champignon remporte toute la ville

Penser à toi

C’est plus dur que le cauchemar nucléaire

 

11

 

Messager de la Grèce

De quels dieux es-tu messager ?

N’as-tu jamais pensé à la Grèce ?

N’y étaient

Sophocle, Achille, Aristote

Tu aimais être en Grèce

As-tu des nouvelles des Grecs ?

Même si la Grèce chute

Tu y seras toujours

Le messager de la Grèce

N’aurait pas besoin de miracle

Il lui suffirait de poésie pour le peuple

 

12

 

Toutes les options sur la table

La peinture du matin sur tes paroles

Courir pendant ton absence

On arrive à une phrase qui ressemble à deux mains, à deux lèvres

Toi tu déverses le silence dans le verre et

Moi je bois l’imagination de t’avoir

 

13

 

En m’allongeant sur le lit

Les infirmiers arrivent

Les nuages aussi

Partout on entend les chutes

Les infirmiers étant partis

Je suis resté toute seule

Là où tout sentait le Nord

Tout fut frais et humide

 

14

 

Vers toi

Je marche sur les lettres mortes

Dans l’espoir d’entendre un mot dire : Ah !

Même avec le mot blessé

On peut se promener avec toi

 

15

 

Avec la fumée de ta cigarette

Avec la dernière bouffée

Je m’en vais

Encore une autre cigarette

Tu m’allumes

Tu me quittes

Tu tousses par la bouche

 

16

 

Ton refus de venir

A l’air de pleurer

Je déploie le parapluie sur tous tes souvenirs

Que j’ai écrit avec du sang

Je tarde à me rendre compte

Que tu as attaché le parapluie à une balle

 

17

 

La mort est un texte

Il faut y insérer des phrases

Si seulement

Je pouvais t’écrire aussi

 

18

 

Je me tords

Dans la fumée de la cigarette que tu as allumée

La dernière bouffée

De la cigarette ne laisse qu’un mégot

De moi, rien

 

19

 

La fenêtre

Me rappelle le sourire du mur

J’expérimente le vol tout seul avec le crayon

La fenêtre

Est le début du vol

 

20

 

Le vent ne nous remportera pas

Je me sens lourd

Froid

Désabusé

Des mousses sur nos vêtements

On ne comprend que où se trouve le Nord

Cette couleur verte sur mon vêtement

Ne parle pas de la vie

Prenez le corps fossilisé des pissenlits aux musées

Le vent ne nous rempotera pas

 

 

Poème de SânâzDâvoudzâdéfar

Extrait de Je piétine sur les lettres mortes

Traduit par Kianouche Amiri

 

 

 

Initiation à la poésie iranienne – partie I (proposée par Monia Boulila)

Monia Boulila (1961-) – Partenaire d’AFROpoésie – TUNISIE

Iran_(orthographic_projection).svg

Le grand-père est déjà parti

Sa bonté y reste

De couleur verte

Et la couleur verte d’un péché impardonnable

La poésie est verte aussi

Même quand elle est mise au peloton d’exécution

 

1

 

Ensemble

Ne nous sépare que la fumée de cigarettes

Séparés

On se régale de tasses de thé chaud et sucré

 

2

 

À peine commençait-il

Pour toi, il était déjà terminé

Pour moi, il continuait encore et encore

 

3

 

En supprimant les frontières

Sans visa

J’émigrais pour toi

Il ne s’agit pas d’asile politique

Mais d’asile d’amour

Dès que je retourne

On me castra la langue et les lèvres

Est sans parole

Borné

Sans pays

L’amour

 

4

 

Tu ne vins pas

Le temps a perdu son sens

Les aiguilles de l’horloge se mettent à crier

Le cauchemar interminable

Attente de te voir venir

N’est plus qu’un rêve

Le temps ne mesure pas ton absence

 

5

 

Le souffle sortant de ta bouche

engloutit toute mon imagination

Tu ne vois combien nous partageons nos rêves

À la distance la plus courte

Tes mains

Sont lointaines

 

6

 

Je suis arrivée en pleurant

Je suis restée en criant

J’aimerais partir

En étant un sourire

Comme

Mona Lisa

 

7

 

Quand l’odeur de l’amour m’attire

Nul ne pourrait me battre

Effleurez-moi

Ensuite envoyez-moi à Paris

Appelez-moi Juliette

Je serais un parfum favori

 

8

 

La terre tremble

Mon cœur brise

Alors qu’il pensait que le tremblement va le guérir

O Terre !

Chante une berceuse à tes fractures

 

 

 

Poème de SânâzDâvoudzâdéfar

Extrait de Je piétine sur les lettres mortes

Traduit par Kianouche Amiri

Un afropoète nominé au Prix « La Différence-Abidjan 2018 »

Nominés – Prix La Différence Catégorie Adultes 

.
– « Juste un mou rire pour t’empêcher de mourir » de Tanoh Ahossan Jean-Yves (afropoète)
– « La différence » de Egué Clément
– « Le pont des mots » de Belfadel Tawfiq
– « Comme les doigts d’un arc-en-ciel » de Danga Jocelyn
– « Ne le dites à personne ! » de Etchri Efoé Koffi Lucky Essénam

Nb: Tanoh Ahossan Jean-Yves a également reçu le prix du coup de cœur des membres du jury.
.
Capture d'écrans_20181121-191225.png
Juste un mou rire pour t’empêcher de mourir
.
Privé de regard et de sourire
Tu as un sommeil agité et troublé
Dans les profondeurs de la Terre
Tu geins en dormant
J’ai peur !
Le monde a un visage de marbre
J’ai peur de ce monde
Peur d’être prisonnier de la nuit sombre
Peur de devenir une ombre parmi les ombres
Le monde a un visage de marbre
J’ai peur
Peur de ce monde
Demain dès les premières lueurs de l’aube
Victor ne reviendra pas
Je me lèverai
Et j’irai à la rencontre de L’AUTRE
Malgré la noirceur de ma peau
Je lui offrirai ce sourire dernier
Qui en moi sommeille
Et
Rit
Aux éclats…
IMG_20181124_221113.jpg

Mère Yacine

Aboukhadre Diallo (1955-) – Partenaire d’AFROpoésie – SÉNÉGAL

800px-Marché_de_Agnam-Goly.jpg

Elle est amour pur

Son âme est calme

Son cœur est sans effroi

Sa voix douce est baume sur les cœurs meurtris

Sa parole absorbe les peines comme le buvard l’encre

Elle façonne le bonheur à l’ombre du silence

Et ramène l’homme vers l’enfance

Elle sème la joie et la bonne humeur

Ici et ailleurs

Dans cette demeure toute empreinte d’elle

Où elle rayonne d’un bonheur impalpable

Mère mer de vertu et de tendresse

Qui remplit les cœurs d’allégresse

Distillant rires et sourires à tous

Mère main sur le cœur

Distribuant à tout-va

Le tout et le peu

Mère mamie pour les petits-enfants rois

Chantant  « Yukeydi  Yukeyda »  à perdre la voix

Au nom de tous, merci pour tout.