Chant de la grande joie du cœur

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Photo © Arnel Ian Dela gente (de Rayanne Hertkorn)

 

Celle dont brille la grâce, dont la peau rayonne,
A des yeux au regard clair,
Et des lèvres au doux parler.
Jamais elle ne prononce une parole superflue.

Elle, dont le cou est long, la poitrine lumineuse,
Possède une chevelure de lapis véritable.
Ses bras surpassent l’éclat de l’or,
Ses doigts sont semblables aux calices de lotus.

 

 

Chants d’amour de l’Egypte ancienne
aux éditions La Table Ronde

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Ma perle

Rodrigue Hounsounou (1986-) – Partenaire d’AFROpoésie – BÉNIN

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          Photo © Patron Henekou 

Comment peut-on ne pas t’aimer, ma divine ?

            Perle claire, perle rare, perle chère 

            Perle qui fait vaciller mon cœur longtemps terne.

            Amour, tu es.

            Finesse, tu es.

            Grâce, tu es.

            Je ne peux que t’aimer.       

           Quand chaque matin, je pose mes pieds à terre

            En ayant à l’idée que la fleur rare que tu es pense à moi ;

            Mon cœur comme le sourire d’un enfant bat la cadence en riant.

            Et heureux, je le suis.

            Ma bouche, ce matin te chante les lyrismes de mon cœur et de mon âme,

            Etre cher et aimé.

            Reçois-les comme une musique que te compose mon cœur.

            Joue-les en souvenance de lui que tu aimes et qui t’aime.

            Mon cœur peut te composer toutes les musiques

            Et ma bouche peut te les chanter.

            Car, penser à toi m’inspire.

            Mais rien n’est plus beau que le simple « JE T’AIME ».

            Je te ferai mienne, ma divine

             Perle claire, perle rare, perle chère.

 

 

 

L’essence

Yohan Pezo (1994-) – Partenaire d’AFROpoésie – RDC

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Photo © Kodjo Agbemele

L’existence est déjà une réussite

Gardez-bien les bouteilles pleines et vides

Un climat sec laisse mes yeux humides

Quand le souffle de ma vie me rend visite 

Un discours direct dans les paraboles

Qu’on prêche en douceur dans la fourmilière

L’histoire les précède comme un auxiliaire

Le présent est sage et le futur rigole

J’ai de la folie, de la haine et de l’amour

Je vous aime et je vous déteste pour toujours

Tous les éléments sont dans ce tourbillon

Ceux qui représentent La Source par millions

J’aspire au désordre et à la division

Pour que nul n’ignore que nous sommes Un

La géométrie, quelle révélation!

Mourez aujourd’hui et vivez demain

 

 

 

La chanson de l’oiseau qui pleure

Fatou Yelly Faye (1957-) – Partenaire d’AFROpoésie – SÉNÉGAL

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Désarroi   »Tumuranké »
Parce que leurs ombres
Leur faisaient ombrage
Ils ont coupé mes arbres
Mes « nébedaay »,
Moringa olifera
Qui nous nourrissaient de leurs feuilles
Nebedaay où nous reposions
Nebedaay  nos refuges
Après avoir volé
Survolé longtemps le ciel de Dakar
Voltigé sur les toits 
Où le soleil au top 
Où la chaleur sur les toits 
Brûle nos pieds sur les chaumes
Ils ont coupé nos arbres
Et nous virevoltons voltigeons 
Orphelins tristes
Esseulés désemparés
Où trouver d’autres arbres
Nous qui nous nourrissions de leurs feuilles 
De leurs fleurs
Homme
Eternel égoïste
Qui pense que le monde t’appartient
A toi seul
Tu peux faire de la nature 
Ce que bon te semble
Agir à ta guise
Je vais au ciel me plaindre 
Auprès du Tout-Puissant.
Je survolerai les nuages
Dans la tourmente
Et le désarroi
Afin de trouver un seul arbre un logis
Qu’ils me laisseront exprès
Là j’irai nicher sans peur 
Sans tourment sans effroi
Hélas rien
Parce qu’ils ont coupé les arbres
Sans penser
En oubliant que cette terre nous appartient à tous 
Parce que tout simplement
Les feuilles mortes en tombant salissent leurs parterres
Parce que les arbres amènent les moustiques
Comme s’il ne fallait pas de tout pour faire un monde
Et pourtant  parfois leurs paroles font plus mal  que la piqûre des moustiques
Ils ont coupé les arbres 
Oubliant que chaque jour 
Ils oxygénaient notre espace
Aéraient l’air ambiant
Chassaient le gaz carbonique 
Filtraient l’odeur des voitures
Eternel égoïste 
Qui ne pense qu’à son mieux être 
Homme 
Chaque jour qui passe 
Tu me déçois encore plus
Chaque jour qui passe m’éloigne de toi
Ils ont coupé les arbres et nous plongent 
Dans le désarroi 
Le dénouement total
M’entendant crier 
Ils disent que je chante 
Hélas je ne chante pas
Je piaille et pleure de désespoir
D’inquiétude 
De dégoût et désarroi
Sur toi petit humain
Égoïste invétéré 
Ils ont coupé nos arbres
Parce que c’était le 4 avril
Ils devaient fêter leur indépendance
En me plongeant dans la démence.
.
.
Poème pour l’environnement et un développement durable
.

Lettre d’un riverain

Jonathan Ikami (1997-) – Partenaire d’AFROpoésie – RDC

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Photo © Justin Makangara

C’est ici que nos chants d’aurore
Teintaient
C’est vraiment ici que nos ailes
S’étaient raffermis
Pour que nous nous envolions vers la lune
Vers la planète des étoiles
Là où la vie germe à chaque seconde des lumières d’espoir.

Mes amis, c’est ici
Dans ce silence de la nature
Sur cette pirogue à écorce d’arbre d’ébène
Qui a connu nos délires
Et aujourd’hui nous voit vêtir
D’écorce d’arbre transformé,
Sous ces mugissements fainéants de feuilles des alentours,
Que se lèvent les premiers pas de notre destin.

Mes amis , c’est ici!
Et la douceur de ce fleuve la voici,
Cette douceur d’antan
Que nombre d’entre nous n’ont plus choyé
Parce qu’ils sont dans l’au-delà
Et nous les utilisons moins
Quand il faut parler de l’avenir.

Mes amis,
C’est ici la souche de notre vie
La racine de notre existence,
Pourrons-nous séparer le tronc de ses racines
Par quoi seront nourris ces arbres pour porter du fruit
Et du bon fruit?
Mes amis, inséparable de nous est ce fleuve
Ces feuilles d’alentours, son silence et sa beauté.

 

 

Brise du sud

Abdelkader Ibn Muhieddine (1808-1883) – ALGÉRIE

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Ô brise du sud, porte mon salut
et sois bienveillante,
Porte mon salut à mes chers enfants et répands sur eux
Ton parfum d’œillet.
Arrête-toi sous les tentes de mes nobles fils
Et dis-leur
Que je passe mes nuits dans la douleur et le délire.
Ô mes chers guerriers séparés de moi, mes paupières seront
Habituées à l’insomnie, et le doux sommeil m’a quitté.
Que de nuits blanches passées en soupirs!
Comme un malade
Dont les yeux souffrants le plongent dans
L’agitation et l’affliction.
Triste et sans repos, ô que ma
nuit est longue!
Quand donc nos retrouvailles y
mettront-elles fin ?

 

 

Une litanie pour la survie

Audre Lorde (1934-1992) – USA

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Pour celles d’entre nous qui vivent sur le rivage
debout, sur le dur rebord de la décision 
cruciale et seule
pour celles d’entre nous qui ne peuvent pas s’abandonner
aux rêves fugaces du choix
qui aiment dans l’embrasure des portes, allant et venant,
aux heures d’entre deux aubes
regardant à l’intérieur et à l’extérieur
à la fois avant et près
cherchant un maintenant qui pourrait engendrer des futurs
comme le pain dans la bouche de nos enfants
pour que leurs rêves ne reflètent pas la mort des nôtres.

Pour celles d’entre nous
sur qui on a imprimé la peur
comme une ligne fine au milieu de nos fronts
une peur apprise dans le lait de nos mères
car par cette arme
cette illusion d’une certaine sécurité à trouver
les pieds lourds espéraient nous faire taire
Pour nous toutes
ce moment et ce triomphe
Nous n’étions pas censées survivre.

Et quand le soleil se lève nous avons peur qu’il ne reste pas
quand il se couche 
qu’il ne se lève pas le lendemain
quand notre ventre est plein nous avons peur
de l’indigestion
quand notre ventre est vide nous avons peur
de ne plus jamais manger
quand nous sommes aimées nous avons peur
que l’amour disparaisse
quand nous sommes seules nous avons peur
que l’amour ne revienne jamais
et quand nous parlons nous avons peur
que nos mots ne soient pas entendus
ni bienvenus
mais si nous nous taisons
nous avons toujours peur

Il vaut donc mieux parler
sachant que
nous n’étions pas censées survivre.

 

 

Vous ne connaissez pas…

Joyce Mansour (1928-1986) – ÉGYPTE

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Vous ne connaissez pas mon visage de nuit

Mes yeux tels des chevaux fous d’espace

Ma bouche bariolée de sang inconnu

Ma peau

Mes doigts poteaux indicateurs perlés de plaisir

Guideront vos cils vers mes oreilles mes omoplates

Vers la campagne ouverte de ma chair

Les gradins de mes côtes se resserrent à l’idée

Que votre voix pourrait remplir ma gorge

Que vos yeux pourraient sourire

Vous ne connaissez pas la pâleur de mes épaules

La nuit

Quand les flammes hallucinantes des cauchemars  réclament

     le silence

et que les murs mous de la réalité s’étreignent

Vous ne savez pas que les parfums de mes journées meurent

     sur ma langue

Quand viennent les malins aux couteaux flottants

Que seul reste mon amour hautain

Quand je m’enfonce dans la boue de la nuit

 

 

Rapaces

Editions Seghers, 1960