Passion d’avril

Jean-Yves Tanoh Ahossan alias Bibi, le poète de l’autre Monde (1994) – Partenaire d’AFROpoésie – COTE D’IVOIRE

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Entre doux leurres et douleurs
Je n’ai qu’une âme 
Âme famélique triste sombre
Qui veut voyager vers l’inconnu
  .
Entre peines et migraine 
Je n’ai qu’une envie;
Envie d’avoir corps âme 
Ombre sourire dans le monde du désir 
  .
Vouloir morne 
Mon cœur se noie
Dans cette volupté pure
  .
Vouloir morne 
Je suis cet être
Seul dans sa solitude 
  .
Mille chagrins
Je consume
Je suis las
Ma voix commence à muer
 .
Mille désarrois
Je deviens escarbille
Je suis las
Je suis là
Là sans une autre OMBRE 

 

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Congo

Idir Tas (1960-) – Partenaire d’AFROpoésie – ALGÉRIE (Kabylie)

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Photo © Justin Makangara

Si j’écoutais mon cœur
Je descendrais des mois durant le fleuve Congo
Sur un bateau chargé comme l’Arche de Noé
Où femmes et hommes parmi les bêtes
Élèveraient leurs chants dans la nuit

(Refrain)
Afrique
Ô Continent des âmes bien trempées
Ô Terre de tous les risques et de tous les exploits

J’aurais pour toit une bâche jaune
Qui se mettrait à battre la mesure
Au rythme du vent et de la pluie

Sur des fours improvisés
Il y aurait des poissons pêchés dans le Grand Fleuve
Au goût de limon de liberté
à la chair parfumée de safran et de grand large

Refrain

Notre capitaine saurait faire face à toutes les situations
Il sauverait notre rafiot de l’enlisement et du naufrage
J’aiderais le perchiste à sonder les fonds
Tournant cette longue tige de gondolier
Fendant d’un bras magique l’onde imprévisible

Refrain

Homme noir valeureux
Il y a en toi une telle élégance une dignité
J’envie ton self-control ton savoir et ta sagesse
Aucune peur ne sourd de ton visage impassible
Comme si tu traversais le bouillonnement du monde
Tel un funambule confirmé

J’aimerais te ressembler
J’aimerais avoir ta force et ta philosophie

Extrait de “Le murmure du figuier bleu”, d’Idir Tas, L’Harmattan, septembre 2014 (repris dans “Chansons du figuier bleu”, Les Éditions du Net, juin 2016).

Idylles étouffées

Nouhr-Dine Akondo (1979-) – Partenaire d’AFROpoésie – TOGO

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Abouèno, à peine arrivée

Voici que vers toi se tourne ma pensée

Je me souviens : cette nuit où on s’est quitté

Gracieuse par ton sourire

Qui frictionne à démolir

Gracieuse par ta démarche des charmes de Nubie

Par ces charmes qui te font :

Gracieuse, chaleureuse, mais au cachot

De la norme parentale et du lot

Gracieuse et toujours éloignée,

Loin tu restes jusqu’à ce jour

Loin mais pas des moindres

Tu es restée un fantasme spéculé

Tel un diamant dans la boue, à la mine

Tu es la panthère déchaînée qui reste à dompter

Comme en ce jour de rencontre où tu snobas mon apostrophe

Tu restes l’être aimée aux fragrances de suspense

Et quand vient le moment d’étoffer la relation

Tu n’es pas là, effarée, éloignée

Mais forte de cette absence

Qui en moi aiguise l’espoir par tant de défoulements refoulés.

 

Idir Tas devient partenaire d’AFROpoésie!

Idir Tas_ Photo d'identitéJe m’appelle Idir Tas, je suis né le 14 mai 1960 à Bouzaréah (11e arrondissement d’Alger).

J’ai quitté mon pays natal en octobre 1983 pour poursuivre mes études doctorales en automatique et traitement du signal au Polytechnique de Grenoble, en France.

De retour en Algérie, en août 1989, j’ai enseigné durant cinq ans le traitement du signal à l’Institut d’électronique de l’université de Constantine et à l’ENSET de Laghouat.

En janvier 1995, poussé par les événements tragiques qui ont secoué l’Algérie, je suis revenu en France où je vis encore aujourd’hui.

Dès ma plus tendre enfance passée en Kabylie, j’ai eu envie de donner la parole à ceux qui ne l’avaient pas pour témoigner de la dureté de leur vie et faire entendre l’écho de l’Histoire traversant leur existence trop souvent ignorée.

J’avais mal en voyant combien était lourde la souffrance de ceux qui avaient été brisés par la guerre et la pauvreté et qui jamais ne s’en plaignaient, enfermés dans le silence de la dignité.

Au fil des années, avec l’apparition de la modernité, il m’a semblé évident qu’il fallait se dépêcher de fixer par écrit tous ces us et coutumes qui ont permis à l’identité kabyle de survivre malgré toutes les volontés d’effacement, qu’elles soient liées au colonialisme ou à la politique.

Au village beaucoup de personnes âgées nous ont quitté, emportant avec elle les secrets d’une bibliothèque orale.

Écrire pour moi est devenu un devoir de mémoire, comme si je redoutais que tout ce qui avait constitué la société kabyle risquait de disparaître un jour tel un mirage culturel.

Pour moi, écrire, c’est avant tout faire parler le silence. Silence des miens. Silence des mots. Silence des traditions en voie d’extinction.

Pour moi, écrire, c’est retrouver le souffle poétique du monde. J’aime quand la parole révèle son don d’ubiquité, quand elle me permet d’être à la fois ici et là-bas, berbère des temps anciens et homme de l’époque moderne, âme errante en quête d’autres traces.

 

Le murmure du figuier bleu_ 1ère de couverture

Sorti en septembre 2014 aux éditions de L’Harmattan, le premier tome qui donne son titre à la trilogie, « Le murmure du figuier bleu », s’échelonne sur une période de vingt-et-un ans, de 1962 à 1983. Le narrateur nous livre des souvenirs de la guerre d’Algérie encore frais dans les mémoires et évoque les figures familiales fondatrices. La mère l’initie aux secrets de la nature et à la beauté des chants traditionnels kabyles.

La voix de ma mère si cristalline, lisse comme un ruisseau, saine comme une montagne, associée aux fêtes de chez nous. Cette voix-là, je l’entends encore aujourd’hui. Jusqu’à l’âge de douze ans je n’ai manqué aucune fête. C’était pour moi comme toucher à l’essence même du bonheur, un rituel qui donnait un sens à ma vie et ouvrait le monde sur un univers de poésie, de douceur et d’enchantement.

Après le retour définitif du père qui a travaillé en France pendant dix-sept ans, l’auteur quittera la Kabylie pour aller s’installer en ville, à Constantine, où il lui faudra apprendre une autre langue et d’autres codes. Mais si l’auteur s’est éloigné de la terre de ses ancêtres, il n’a pas coupé le lien avec son ami végétal, le figuier bleu, qui, à chacune de ses visites, recueille comme autrefois ses peines et ses espérances d’enfant-poète.

Dans ce récit d’enfance, on trouve également les thèmes propres à l’autobiographie tels que les premières fois –en particulier la première fois où l’on nage, les premiers émois sexuels, la première fois où l’on est amoureux–, l’école, l’admiration pour les professeurs, mais aussi la musique, le cinéma, la quête identitaire, la recherche des premières traces de la culture berbère et une réflexion sur l’altérité. L’auteur brosse un portrait de lui-même sans fioritures et en toute franchise dans la lignée d’un Montaigne ou d’un Rousseau.

Dix-huit chansons parsèment cette œuvre, offrant à chacune des unités narratives une sorte de mise en abyme. Ce sont des fenêtres, des points de fuite, des accès vers dautres mondes quand celui dans lequel nous luttons ne nous apporte plus la bonne respiration, précise lauteur dans sa préface.

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Mea culpa

Kodjo Agbemele (1987-) – Partenaire d’AFROpoésie – TOGO
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Dans le wharf abandonné,
L’oiselle a fait son nid
Pleins d’oisillons abonnés 
Aucune idée de l’ennemi
 
Combative et voyante
Elle prend soin de ses enfants
Procure cette paix fragile
Contre le dehors, l’hostile
 
Ne se doutant de rien, confort, des ferrailles
Contre toi se rebellent, âmes injustes
Toi, ils insultent
Pardonne-leur, ingrates marmailles
A ma mère

Errance

Nouhr-Dine Akondo (1979-) – Partenaire d’AFROpoésie – TOGO

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Tel un colibri en quête de fragrances et saveurs

Je voltigeais d’arbre en arbre.

De branche en branche sans me percher,

Car en nul écosystème, je n’ai trouvé mes plumes

 

Je partis en nomade à la quête de valeurs

Averti de mes candeurs    

Et déçu, d’un système à l’autre,

D’une branche d’illusion à une autre

 

Je reste là affamé

Tel un hibou en agglomération.

Je ne peux me nourrir,

Ni étancher ma soif de choix et de guidance

 

Confusion et imbroglio à l’horizon,

On s’enfonce, on creuse la tombe par délire identitaire

On se déchire, en martyrs on tombe

Etourdis par cette harmonie tendue entre victimes et bourreaux

 

Chacun rumine la fibre ethnique et nul ne veut la digérer

Et par manque de nutriments, pieds et bras s’affalent

Là se trouve un marasme criard

Père de constipations régionalistes et stériles