Ambitions

Renaud Ayi Dossavi-Alipoeh (1993-) – Partenaire d’AFROpoésie – TOGO

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L’ambition n’est point là

De s’asseoir dans la poussière génitrice

Au cœur de cette tempête prédatrice

Alors que le monde en toute heure

N’attends que nos rêves et notre sueur

 

De regarder Rio, Beijing et Phnom Penh

Grandir et engraisser au prix de mille peines

Et sacrifices, alors que ma Terre à plat ventre

Baise les pieds des « sauveurs » qui l’éventrent

 

De tourner le dos à la Terre-Mère

Pour ramper à même le sol glacé d’outre-mer

Et quémander, la mièvrerie sans faille,

Les miettes de leurs ripailles

 

L’ambition est là

De mettre dans la nuit de la misère

Une torche, un incendie, qui guiderait

Frères et sœurs sur les sentiers l’audace

Pour que de la grandeur ils suivent les traces.

 

De regarder le Blanc dans le blanc

Des yeux et de le mettre sur le banc

De touche pendant que je parsèmerai

Les villes de  Kama de grattes-ciel

 

D’écrire en lettre d’or et d’argile

Les prémisses d’un Continent-phénix

Qui, les dieux le bénissent,

Vers la gloire tend à nouveau ses mains graciles

 

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Le djihadiste est l’ennemi de l’islam

Nasser Ahmed alias Marcus (1996-) – Partenaire d’AFROpoésie – MAYOTTE (France)

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Leur style tue le monde

Ils prétendent être de bons musulmans

Ils tuent des innocents

Enfants, mères, pères, amis

Un bon musulman ne tuera point, des vies innocentes

Ne tuera point ses frères et sœurs

Ne tuera point!

En prétendant tuer au nom d’Allah

Ils salissent l’islam

Exerçant le pouvoir de l’ange de la mort

Ils tuent à Paris, Nice

Aveuglés par leur orgueil 

Ils assassinent à Londres et Manchester

Ils détruisent des pays au Moyen-Orient

Ils démolissent la Syrie et l’Irak

Comme des virus 

Qui contaminent la France et ses enfants

Ils sèment la terreur dans ce monde

Et emprisonnent les rêves des enfants

L’Etat islamique est le virus

De la religion musulmane

                                                           2017             

Les poissons migrateurs

Les poissons migrateurs_ 1ère de couvertureDans le second tome de la trilogie « Le murmure du figuier bleu » – « Les poissons migrateurs », sorti aux éditions du Net en novembre 2015 –, Idir Tas raconte ses années passées en France entre 1983 et 1989. Quand il est arrivé à Grenoble, son bagage ne contenait que l’essentiel : des vêtements de rechange, une trousse de toilette, des stylos et un bloc-notes, une boîte d’allumettes, des cassettes d’Idir, d’Aït-Menguellet.

Durant ces six années, le jeune étudiant va découvrir les subtilités de la recherche, les joies des sports et des spectacles, la solitude, l’amitié et l’amour qui suppriment les frontières, toutes les frontières, comme l’écrit l’écrivain-journaliste Youcef Zirem dans son article « Les années grenobloises de l’enfant d’Akfadou » (Le Matin d’Algérie, 22 novembre 2015).

Dans ce récit d’apprentissage, l’auteur rend hommage à la France et en particulier aux traditions rurales du Dauphiné. Mais il ne rompt pas avec son pays d’origine avec lequel il tisse en permanence une toile mémorielle. L’aventure humaine de ce Picaro berbère en France est l’occasion de confronter les cultures qui à bien des égards se rejoignent.

Malgré de belles découvertes et de grands moments de bonheur, l’auteur sera confronté à la souffrance amoureuse. Il retrouvera le soutien de son ami d’enfance, le figuier bleu, à qui il parlera comme autrefois :

Comment avais-je pu vivre loin de lui aussi longtemps ? J’étais un fils ingrat, un sans-mémoire, une âme perdue. Un flot de larmes et de souvenirs me submergea. Mon bel ami, figuier de tous mes rêves bleus, tu aurais dû ou ne jamais me laisser partir ou me suivre en cachant tes racines au fond de tes poches comme moi. Ô mon bel ami, comme j’ai mal de t’avoir abandonné, toi qui m’étais tout ; mon confident, mon compagnon, mon guide, mon arbre à paroles, mon gros chat ébouriffé au ventre bleu, mon thérapeute, mon éclaireur à bougies. Il était temps pour moi de te serrer dans mes bras et de sentir la chaleur de ta sève couler à nouveau dans mes veines.

Ce deuxième tome contient 14 chansons qui évoquent tour à tour la nostalgie du pays natal, la solitude, la nature, l’amour, la tendresse, le jardin d’enfant, Venise, les voyages, la vieillesse et le temps perdu comme dans la chanson des coffres :

 

Hé l’homme vois ces coffres

Tous ces coffres devant toi

Ce sont tes journées

Tes journées qui t’attendent

Ouvre-les ouvre-les

Ils n’attendent que toi

Ils regorgent de surprises

Pour toi pour moi

[…]

 

Finalement ce voyage à l’étranger aura ouvert à l’auteur d’autres fenêtres sur d’autres univers, d’autres façons de voir, de sentir et d’espérer.

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L’air du train

Idir Tas (1960-) – Partenaire d’AFROpoésie – ALGÉRIE (Kabylie)

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C’est un air qui me vient

En regardant les nuages

Les beaux nuages du pays Cathare

Ralliant les rives de la Méditerranée

 

Entre Sète et Montpellier

Jijel me revient

Entre Sète et Montpellier

S’endort ma souffrance

 

Là-bas les refrains que chantait ma mère

Au-dessus de mon lit traversent l’aire bleue

 

C’est un air qui me vient

En regardant passer les collines

À travers les vitres pressées

Toute hâte soudain me quitte

 

Je vois les douces collines du pays de Bosco

Et le Pont d’Avignon où dansent les chansons

 

C’est un air qui me vient

En regardant passer les collines

À travers les vitres pressées

Toute hâte soudain me quitte

 

Je découvre le chèche du Mont Ventoux

Dans sa pureté irréprochable

Et c’est Yemma Gouraya qui me salue

En m’envoyant un signe

 

Alors je sais que les paysages se croisent

Que les destins s’entremêlent

Alors je sais que je peux avancer

En toute quiétude et sérénité

 

Extrait de « Les poissons migrateurs », d’Idir Tas, LEN, novembre 2015

(repris dans « Chansons du figuier bleu », Les Éditions du Net, juin 2016).

Ségou

Kodjo Agbemele (1987-) – Partenaire d’AFROpoésie – TOGO

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Quand j’ai surfé Ségou
J’ai vu des vaudous
Et je les ai sentis de partout
.
J’ai aussi vu des femmes claires qui échouent
Leur regard dans le sourire de leur époux
Elles ont mis mon cœur à genoux
.
Puis à l’ombre des ciels de bambou
Elles et moi avons partagé du cajou
Le cajou a un goût de mérou
.
On a fredonné du Oumou
D’où le Sahel, sahel doux
Les gens ont afflué de partout
.
Chanter et danser avec nous
Des taurins volent derrière notre igloo
Et chantent le frou-frou
.
Le temps de grandir, poème inédit

Océans affamés

Oumar Cissé (1993-) – Partenaire d’AFROpoésie – SÉNÉGAL

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Ô océans affamés qui ont englouti
Mes frères qui rêvaient l’Eldorado
Ils voulaient traverser à tout prix
L’océan furibard qui taillait ses flots

 
Les pirogues tanguaient aux coups
Des vagues ivres, furieuses et méchantes
Qui chassaient l’air tiède, placide et mou
Faisant naître un tohu-bohu triomphant

 
Vouloir franchir les portes de l’Occident
En mettant en péril votre précieuse vie
Pour aller périr en mer méditerranéenne

 
Ô fils ! Ô fils de mon cher continent !
Même si le désespoir hante vos esprits
Ensevelissez-vous de foi et de dignité

 

T’aimer, te détester

Rithon Mwampeti (1992-) – Partenaire d’AFROpoésie – RDC

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Histoire mûrie, vécu poli

A l’époque, ce fût ahuri

Vivre sans être ivre a sûrement plongé mes émotions dans une folie âpre

L’espoir glabre

Les remous de ces baisers tendres effleurent mon visage

Désormais ces calendres ne seront plus bon présage, 

A fleur du vide,

Tu me laisses avide

Qui comblera ce manque béant

Assurément, ce devrait être un géant

Malgré l’ébauche d’un amour éternel

Je me ressource dans une foi sempiternelle

T’aimer plus fort

Je l’espère encore

 

 

Saint-Louis

Aboubacry Thiam (1956-) – Partenaire d’AFROpoésie – SÉNÉGAL

Saint-Louis-sur-la-Langue-de-Barbarie

Ndar
Le nectar
Et le minbar
N’est pas Dakar
Paradis des fêtards
Et des riches vantards.
Font la tournée des bars,
De la gouaille, même si tard
Puis rentrent au matin hagards.
Ma ville elle est la mire du routard
Aspirant à  une latitude sans fanfare,
Entre les eaux miraculeuses de la barre
L’une salée et l’autre douce sans rempart,
Au milieu des cormorans et des nénuphars
Qui regardent voguer « Bou » sorti de nul part.
Dans de vielles bâtisses survivent l’âme et l’art
De la geisha tropicale,  la belle et docile Signare
Adulée mais rarement épousée, même sans tares.
Dans mes réminiscences se dresse l’imposant phare
Tel un pas de tir mystique, s’élançant comme un dard
Et le pont que j’ai arpenté portant mon premier costard,
Sur la piste où j’ai virevolté comme un redoutable jaguar,
Avant une virée sur la Langue de Barbarie, la mince et rare
Frontière entre le fleuve et l’océan s’étale comme du brocart.
De ces deux rives s’offre une pêche, levée sans filets ni sonars,
Pour le fameux riz au poisson délicat dont raffolent ces malabars
Au front luisant, qui poussent de frêles embarcations sur le départ.
Au milieu des effluves persistantes qui entourent ces êtres sans fard,
Dans cette ambiance qui me rappelle toute mon enfance, en un regard,
Plus aucun doute c’est ici que devrait sonner le repos mérité du briscard.
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Mbour, le 4 Avril 2016