Le Chant des villes

Poème d’Andrée Chedid (1920-2011) – EGYPTE/FRANCE

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Je m’attache aux pulsations des villes
A leur existence mouvementée
Je respire dans leurs espaces verts
Je me glisse dans leurs ruelles
J’écoute leurs peuples de partout
J’ai aimé les cités Le Caire ou bien Paris
Elles retentissent dans mes veines
Me collent à la peau

Je ne pourrai me passer
D’être foncièrement :
Urbaine.

 

 

 

Poème inédit commandé par le Printemps des Poètes 2006

 

 

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Il voit Dieu à travers un mort

Poème de Souleymane Kidé (1980-) – Partenaire d’AFROpoésie – MAURITANIE

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C’est ainsi qu’il voit Jéhovah
Assis sur son trône de bois
Près d’un petit tas de gravats 
Sous le buisson aux abois.
.
C’est ainsi dans sa petite trogne
De boue et bourrée de morves
Qu’une idée fatale lui rogne
L’esprit et ses pensées torves.
.
C’est ainsi dans sa foi remorquée
Et attelée sur une charrue de coton
Qu’une illusion battue et extorquée
Lui efface le bon sens . Quel rejeton !

 

.

 

Les enfants ont sauvé le monde

Robert-Edward Hart (1891-1954) – MAURICE

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Les enfants ont sauvé le monde
Et le monde ne le sait pas
Mais les fées nous sont revenues
Pour respirer les parfums innocents.
Oubli de soi-même, oubli
Dans les carillons limpides
Du matin tourbillonnant.
Evohé ! Le monde est fluide
Et tout ce qui pèse ment.
Redeviens un petit enfant
Si tu veux voir les choses vierges
Danser parmi la lumière
Du soleil et de la lune.
L’essentiel est d’aimer
Dans la douleur ou la joie.
Mais la douleur est meilleure
Pour rythmer les élans cosmiques
Du monde solaire et mystique
Où les larmes sont plus belles
Que les fraîches rosées.

 

 

Chanson XVI, Vingt-quatre chansons.
Florilège.
 1937

 

 

 

Adieu à la révolution

René Depestre (1926-) – HAÏTI

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J’ai cessé d’être un « poète noir »

sur le qui-vive à la porte

de la
Maison des
Amériques

j’ai quitté le foyer deux fois natal :

mes rêves en morceaux tiennent dans un mouchoir.

Je regarde dans les yeux mes jours élargir un nouveau ciel de poète en moi, je fais mes adieux à tout ce qui est mort

sur pied dans ma vie, je mets à mort la foi et l’espérance qui ont failli truquer mon art de vivre.

Je voyage désormais à la belle étoile

des mots d’Alexandre
Dumas père.
Mon voyage est un enfant du pardon.
S’étant trompé de chemin de croix mon cheval innocent s’éloigne comme un voilier remis à neuf pour l’aventure océane.

Ma tête grise a poussé

dans les hauteurs des mots

en pleine forme

qui firent la pluie et le beau temps

au jardin de la jeune madame
Colette :

vive le dieu émerveillé d’une langue française

aussi ronde en chair et en soleil que la courbe au lit de la femme en état de poésie.

Vive les petits matins maternels de la

langue française ! ils me font des signes de frères tout en haut des mots bien créoles d’Aimé
Césaire ! vive la prose à monsieur
André
Gide ! j’ai sa fraîche aurore à la gorge j’ai les mots frais du français-de-France je m’imagine fraîcheur du soir taillée dans la saison des îles pour couvrir le
parcours saharien du siècle.

Au fond du panier d’années d’exil où mûrissent mes travaux et mes jours – très loin du désert cubain qui pipait les dés du fond de mon âme -voici un sang et
un horizon d’homme libre criblés de rivières et de rêves en crue, voici la charrue des mots à donner en vrac à la bonne et fraîche illumination d’autrui, en prose
et en poésie, voici la pirogue qu’il faut pour descendre en chantant les tout derniers rapides du
XXe siècle.

 

 

 

Découvrez le nouvel ouvrage de l’afropoète Jean-Yves Tanoh Ahossan!

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Le poète sait la mission qui lui est assignée. Et malgré son jeune âge, Jean Yves Ahossan se sent strangulé par une soif de justice, le rêve de voir le monde déborder d’amour. Idéaliste comme la plupart des héros, notre auteur sait que coule dans ses veines le sang bleu des maîtres de la forge poétique. Il n’a donc pas attendu cent sept ans pour s’engager corps et âme sur la voie déjà tracée par des maîtres tels qu’Ahizi, Zaourou, Azo et autres. 
Jean Yves Ahossan écrit avec véhémence, non sans éloquence. Il décrie avec effervescence la douleur cancéreuse qui ronge le monde et le plonge dans le chaos total : la méchanceté, la supercherie, l’hypocrisie…tous ces maux mâles sur le garrot qui calfeutrent l’humanité. Ce griot des temps modernes se saisit donc de sa seule arme, son calame et son encrier, et se met en route pour les combats les plus rudes. Il s’implique dans les galères de son époque afin que son peuple soit libéré des carcans de la souffrance. 
Ouvrez le livre, inspectez-le, prospectez-le, auscultez-le, écoutez chaque battement de cœur, entendez chaque cri du poète, comprenez chaque incantation et vous saurez pourquoi détester à l’imparfait c’est aimer au présent. 
Abdala KONÉ, poète et romancier ivoirien

 

 

Cet ouvrage a été sélectionné pour le prix littéraire Fetkann 15ème édition, 2018, Guadeloupe et nominé au Prix Mila (meeting international du livre et des arts associés), de la francophonie, en Côte d’Ivoire.
Il est vendu en Côte d’Ivoire, au prix de 2500fcfa.
+225 48473060/ +225 78571609 ahytamonlaukougba@gmail.com

Printemps

Poème de Mohammed Dib (1920-2003) – ALGÉRIE

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Il flotte sur les quais une haleine d’abîmes,
L’air sent la violette entre de lourds poisons,
Des odeurs de goudron, de varech, de poisson ;
Le printemps envahit les chantiers maritimes.

Ce jour de pluie oblique a doucement poncé
Les gréements noirs et gris qui festonnent le port;
Eaux, docks et ciel unis par un subtil accord
Inscrivent dans l’espace une sourde pensée.

En cale sèche on voit des épaves ouvertes;
En elles l’âme vit peut-être… Oiseau têtu,
Oiseau perdu, de l’aube au soir reviendras-tu
Rêver rie haute mer, d’embruns et d’îles vertes ?

Je rôde aussi, le cœur vide et comme aux abois, 
Un navire qui part hurle au loin sous la brume ;
Je tourne dans la ville où les usines fument,
Je cherche obstinément à me rappeler, quoi?

 

 

 

 

Ecriture de rêveries

Poème de Souleymane Kidé (1980-) – Partenaire d’AFROpoésie – MAURITANIE

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J’écris un mot sur ta langue
Un vers dans ton rêve 
J’écris une phrase endormie
Dans les bras du ciel
Et une phrase debout au chevet d’un lit.
J’écris l’ABSENCE
J’écris la SOMNOLENCE
J’écris la DÉMENCE
J’écris L’ERRANCE.
Je suis l’écriture cauchemardesque
Je suis cette écriture abracadabrantesque!
.
J’écris le rêve dans les cauris,
Rêve d’une augure dans un taudis.
Un mot dans les couloirs d’un rêve
Un mot sous les aisselles d’un rêve
Un mot écrit aux couleurs d’un rêve
Un mot aux lèvres labrets et balafrés
J’écris les mots dans les vaux et monts
J’écris mon rêve
J’écris le songe de l’envieux
J’écris la fiente de l’esprit
Le rébus et le rebut de mes rêves
J’écris dans la transe
J’écris mes lards rances
.
C’est l’écriture de mon rêve:
La RÉSONANCE
L’ASSONANCE
L’ARROGANCE
La FRAGRANCE des mots 
Des inspirations et des tonalités,
C’est la girouette qui m’écrit!
Elle écrit ses humeurs
Elle est ses humours
Elle parle de glamour
Elle écrit son amour
Et y dessine un cœur
Qui chante en chœur
Avec sa tite sœur
La SUCCUBE.
.
.

Valachie tropicale

Nouhr-Dine Akondo (1979-) – Partenaire d’AFROpoésie – TOGO

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Su les draps des 50 mille ans

Des 38 mille ans de sommeil du vieux vampire

Et 12 mille ans du novice encore avide de sang

Le sang a coulé et continue de couler

 

Sans être au courant des soifs millénaires

Les corps gorgés de sang de toutes races : pures, impures et hybrides

S’émeut en parade dans les rues

Vêtues de rouges pour les uns et jaunes pour les autres

 

Mais spectacle pathétique pour les âmes averties

Reste un sport du souverain pour des orgies

De griffes enfoncées dans des corps gorgés de sang succulent

A des températures à raviver la flamme d’une vie éternelle sur le trône

 

Une vie où les corps gorgés de sang

Ne devraient avoir d’âmes si ce n’est que pour saigner de leurs artères

Une  vie où la moindre agitation devient une course poursuite

Une vie où on saigne à blanc pour que vive le Comte sans contestation

 

Mais jusqu’à quand ?

Lorsque le peuple émacié

En proie au marasme

Saigne à blanc au point de ne plus servir au Comte.