Emotion

Poème de Baye Zennou Almoustapha (1998-) – Partenaire d’AFROpoésie- NIGER

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Je voyais en vos bras mon avenir
Témoignage des rêves et des folies à venir
Sur ces pages blanches coulent l’encre du cœur
De vous à moi chantez l’amour en chœur
L’écho de vos pas mène mon esprit en émoi 
Contemplant muet votre splendeur sur la moie
Mes ennuis s’effacent comme les traces dans le Ténéré
Et me transporte dans l’extase de votre visage vénéré

 

In L’éternité d’une soif

 

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Entre l’écrivaillon et l’écouvillon

Poème de Souleymane Kidé (1980-) – Partenaire d’AFROpoésie – MAURITANIE

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Entre l’écrivaillon et l’écouvillon
Il y a une muse et belle Cendrillon.
.
Entre l’écrivaillon et l’écouvillon
Il y a du pain versifié dans le sillon.
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Entre l’écrivaillon et l’écouvillon
Il y a de levain sur la tête d’un grillon.
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Entre l’écrivaillon et l’écouvillon
Il y a de la bile dans le bouillon.
.
Entre l’écrivaillon et l’écouvillon
Il y a l’averse et un tourbillon.
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Kide Souleymane © 2019

 

 

Gbédôkpô

Poème de Rodrigue Hounsounou (1986-) – Partenaire d’AFROpoésie – BÉNIN

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Aïe ! Quand j’ai vu ce pagne en vente,

C’est comme une marée déferlante,

Un tsunami qui ravive les vieux démons.

Des interrogations cascadent sans nom

 

Dans ma boîte crânienne sombre d’abîme

Et la frénésie s’est emparée de mon esprit.

Vous me direz peut-être que j’ai l’esprit

Restreint. Et que je souffre du narcissisme.

 

Gbédôkpô ! Voilà ce que mon âme a crié

Quand j’entends qu’elle prend

Une couleur communale pour l’éternité.

Je crains que dans deux ans,

 

On ne fêtera plus Gbédôkpô Agamé-Koudo.

La fête de pâque est politisée aux échos

Jusque dans les ménages et dans les cuisines

Où les foyers ardents d’autrefois bourdonnent

 

Resterons désormais sans feu.

Quand Progressistes et Républicains dans ce jeu

Tirent chacun le drap de leur côté,

Ce sont les pauvres villageois non côtés

 

Comme nous qui nous retrouverons coi,

Sans couverture et sans joie.

Et la fête partira en vrille.

Tu verras encore et encore la roue vile

 

De Gbédôkpô tournée dans le sens

Du désordre orchestré: c’est la cadence.

Où descendrez-vous mes chers étudiants?

De vos bus qui attirent la curiosité, les chants

 

Et l’engagement du travail chez les élèves ;

Il ne restera plus rien de ce rêve

Quand l’honorabilité prendra le dessus

Sur l’asociabilité; nous serons tous déçus.

 

Malheur à qui déchire la joie

Des pauvres paysans, artisans

Et revendeurs regroupés ce court instant

Pour partager ce peu de joie.

 

Malheur à qui se sert de cet événement

De retrouvailles des frères et sœurs aimants

Pour préparer des joutes électorales aux airs

Monocolores. Derrière ce désir volontaire

 

De bien faire, se cache une raison liée

A l’intérêt personnel : la politique voilée.

Ne m’en voulez pas.

De la politique, je n’en fais pas.

 

Mais je vous fais part simplement

De ma part de vérité; amèrement.

Où irons nos mères, nos sœurs et nos femmes

Que l’euphorie de ces moments de diadèmes

 

Rend éblouissantes et joviales dans leurs

Pagnes ou dans leurs maillots pleins de splendeurs

S’essayant au football épique?

Où joueront nos groupes folkloriques

 

De Zangbétô, de Gota, de Massê…

Qui apportent une touche culturelle

Rehaussant l’événement de cet aspect

Délaissé de nos politiques et intellectuels?

 

Que feront nos pères et nos enfants adorés

Que ce jour enchante et sort

De leurs terriers jamais calculés

Des politiques qui se moquent de leurs sorts?

 

De vos démonstrations de billets,

On n’en veut pas !

Des villageois désœuvrés mais roublards,

Gbédôkpô devra habiller.

 

De vos étalages de véhicules fortunés,

On n’en veut pas !

Des étudiants crève-la-faim et clochards,

Gbédôkpô devra nourrir et loger.

 

De vos égo et de vos orgueils,

On n’en veut pas !

Des infrastructures décrépites et en sommeil,

Gbédôkpô devra reconstruire tels des remparts.

 

Revenons à la réalité !

Revenons aux fondamentaux !

Et réfléchissons un peu plutôt

Pour ne pas penser plus tard aux ratés.

 

 

Entre l’oppresseur et l’oppressé

Poème de Souleymane Kidé (1980-) – Partenaire d’AFROpoésie – MAURITANIE

Illustration: photographie de l'arrestation d'un homme lors des émeutes de Watts, 1965

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Entre l’oppresseur et l’oppressé
Il y a un innocent agressé.
.
Entre l’oppresseur et l’oppressé
Il y a un fantôme tellement pressé.
.
Entre l’oppresseur et l’oppressé
Il y a l’espoir si vite trépassé
.
Entre l’oppresseur et l’oppressé
Il y a le mal mollement caressé
.
Entre l’oppresseur et l’oppressé
Un sage nuitamment tabassé
.
Entre l’oppresseur et l’oppressé
La fraternité fuit et l’amour harassé.
.
Entre l’oppresseur et l’oppressé
L’âme éreintée suit le cœur cabossé
.
Entre l’oppresseur et l’oppressé
C’est un relent d’un vers pissé !

.

 

Et le soleil

Poème de Léopold Sédar Senghor (1906-2001) – SÉNÉGAL

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Et le soleil boule de feu, déclive sur la mer vermeille.
Au bord de la brousse et de l’abîme, je m’égare dans
le dédale du sentier.
Elle me suit, cette senteur haute altière qui irrite mes
narines
Délicieusement. Elle me suit et tu me suis, mon double.

Le soleil plonge dans l’angoisse
Dans un foisonnement de lumières, dans un tressaillement
de couleurs de cris de colères.
Une pirogue, fine comme une aiguille dans une mer
immense étale
Un rameur et son double.
Saignent les grès du cap de Nase quand s’allume le
phare des Mamelles
Au loin. Le chagrin tel me point à ta pensée.

Je pense à toi quand je marche je nage
Assis ou debout, je pense à toi le matin et le soir
La nuit quand je pleure, eh oui quand je ris
Quand je parle je me parle et quand je me tais
Dans mes joies et mes peines. Quand je pense et ne
pense pas
Chère je pense à toi !

 

In Lettres d’hivernage

 

La jeune femme de Kyoto

Poème de René Depestre (1926-) – HAÏTI

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Une nuit j’ai allongé ma vie dans son herbe

et j’ai tant joui de sa beauté que je porte

son absence de fée comme un temps de cerisier.

Des années après je sens
Yuko infuser

une force d’arbre à pain à mes idées.

Je la vois qui ouvre et ferme

en riant les battants de mon chemin.

Ivre de ses charmes, me voici à jamais

accru de sa flambée de jeune femme.