Dzidjonou Woudji devient partenaire d’AFROpoésie!

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Né le 6 Juin 1998 à Kandé au Togo,  je me nomme Dzidjonou Woudji.
Depuis la primaire, ma passion pour la littérature française est grande. Même si au lycée et à l’université, je n’ai pas vraiment étudié les lettres,  je demeure un grand passionné ; ce qui me pousse à écrire,  à travailler, pour peindre au mieux un tableau que j’aimerais montrer au monde entier.
Même si j’ai pas encore été édité,  j’ai écrit un recueil de poèmes, et deux nouvelles: « Éclaire ma lanterne », « Ça sentait la rose » et « Le fainéant ».
Je continue toujours à écrire, chaque fois que l’inspiration me porte, des poèmes.
.
Je suis joignable au 00 228 92 19 58 41/00 228 98 31 47 18.
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Carnac

Édouard Glissant (1928-2011) – FRANCE (Martinique)

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Quand le géant noir

Qui dort parmi les fossiles du fond des mers

Se lève et regarde,

Les astres au creux du ciel ont froid
Et viennent se chauffer coude à coude.

Les yeux morts de cent mille morts
Tombent dans les rivières
Et flottent.

Les menhirs la nuit vont et viennent
Et se grignotent.

Les forêts le soir font du bruit en mangeant.

La mer met son goëmon autour du cou — et serre.
Les bateaux froids poussent l’homme sur les rochers
Et serrent.

 

 

 

Badougbé

Kodjo Agbemele (1987-) – Partenaire d’AFROpoésie – TOGO

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Photo © Patron Henekou

Au bord du Lac Togo 

A la latitude de Badougbé

Le lever du soleil est si beau

Les flots de la vie coulent en VTT

.

Je croise cette fille à la robe à petits pois

Elle se promène toute seule

Va et revient parfois

Se fond dans ma pensée en puzzle

.

Puis elle m’a dit qu’elle s’appelle Juliana

Se nourrit de fleurs sauvages et de nectar

Chante les douceurs de son cœur

Dans le chaud-froid de ce verger d’heurs

.

Pour célébrer la terre

Roger Dorsinville (1911-1992) – HAÏTI

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Verte et fraîche
hors de la nuit
Arrachée verte et fraîche
à la nuit

Pour célébrer la terre
hors du lit de la nuit
où dormait la nuit
molle et douce dans chaque creux de la terre

La nuit comblait chaque creux de la terre
coulant jusqu’au profond de chaque ravin
le long de toutes pentes

Et chaque pente surélevée
chaque doux mamelon de colline
toutes les montagnes brandies le jour comme un cri
chaque pente chaque montagne
étaient enveloppées par la nuit
enveloppées par la nuit
prises dans la pesanteur mouillée
des bras de la nuit
la terre entière
dans ses creux
dans ses collines
enveloppée dans la pesanteur mouillée de la nuit

Pour célébrer la terre hors de la nuit
verte et fraîche
mille rayons clairs debout
derrière d’autres mornes
jusqu’à d’autres rayons clairs derrière d’autres mornes

mille rayons clairs
de mornes à mornes
dentelés
dans les rayons clairs

mille par mille rayons clairs
font une tente de clarté
au-dessus des creux profonds
arrachés à la nuit
au-dessus des creux profonds
hors de la nuit
au-dessus des creux
entre les mornes
crêtés de rayons clairs
hors du creux profond de la nuit
hors du creux noir et mouillé de la nuit

dans un creux profond des mornes
dans un creux
entre mornes crêtés et rayons clairs
dans un creux hors de la nuit
hors de la mollesse ouverte
profonde et mouillée de la nuit

Dans un creux profond de mornes
dans un creux de clarté
de tentes de la clarté

un arbre seul
pour célébrer la terre
un arbre seul
dur et droit
que cachait la nuit 

 

 

Hoquet

Léon-Gontran Damas (1912-1978) – FRANCE (Guyane)

Redenção

Et j'ai beau avaler sept gorgées d'eau 
trois à quatre fois par vingt-quatre heures
me revient mon enfance 
dans un hoquet secouant 
mon instinct 
tel le flic le voyou

Désastre 
parlez-moi du désastre 
Parlez-m'en

Ma mère voulant d'un fils très bonnes manières à table 
Les mains sur la table 
le pain ne se coupe pas 
le pain se rompt 
le pain ne se gaspille pas 
le pain de Dieu 
le pain de la sueur du front de votre Père 
le pain du pain
Un os se mange avec mesure et discrétion 
un estomac doit être sociable 
et tout estomac sociable 
se passe de rots 
une fourchette n'est pas un cure-dents 
défense de se moucher 
au su 
au vu de tout le monde 
et puis tenez-vous droit 
un nez bien élevé
ne balaye pas l'assiette

Et puis et puis 
et puis au nom du Père 
du Fils 
du Saint-Esprit 
à la fin de chaque repas

Et puis et puis 
et puis désastre
parlez-moi du désastre
parlez-m'en

Ma mère voulant d'un fils mémorandum

Si votre leçon d'histoire n'est pas sue
vous n'irez pas à la messe
dimanche
avec vos effets des dimanches

Cet enfant sera la honte de notre nom
cet enfant sera notre nom de Dieu

Taisez-vous 
Vous ai-je ou non dit qu'il vous fallait parler français 
le français de France 
le français du français 
le français français

Désastre 
parlez-moi du désastre 
parlez-m'en

Ma Mère voulant d'un fils 
fils de sa mère

Vous n'avez pas salué voisine 
encore vos chaussures de sales 
et que je vous y reprenne dans la rue 
sur l'herbe ou la Savane 
à l'ombre du Monument aux Morts 
à jouer 
à vous ébattre avec Untel 
avec Untel qui n'a pas reçu le baptême

Désastre 
parlez-moi du désastre 
parlez-m'en

Ma Mère voulant d'un fils très do 
très ré 
très mi 
très fa
très sol 
très la 
très si 
très do 
ré-mi-fa
sol-la-si
do 

Il m'est revenu que vous n'étiez encore pas 
à votre leçon de vi-o-lon
Un banjo 
vous dîtes un banjo 
comment dîtes-vous
un banjo 
vous dîtes bien 
un banjo 
Non monsieur 
vous saurez qu'on ne souffre chez nous 
ni ban 
ni jo 
ni gui 
ni tare 
les mulâtres ne font pas ça 
laissez donc ça aux nègres


« Pigments et Névralgies » – réédition Présence Africaine, 1970

NDEFAAN

Aly Baba Faye (1961-) – Partenaire d’AFROpoésie – SENEGAL

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Voilà que la nostalgie d’âme surgit de ma mémoire d’enfance.
Voilà que le souvenir rajeunit dans l’intimité de mes réminiscences.
Et mon coeur triste se plaint de la douleur écologique de ton absence.

Ndefaan! 
Paradis au summum de la Rive Fraîche, où Nature accouchât de fastes en abondance.
Je ne peux oublier ton écosystème où faune et flore vivaient dans l’élégance.

Ô Ndefaan!
Ton drame fût inscrit dans le vent cynique d’une civilisation indéfinie.
Le temps d’une saison aride te procurât une forme d’anémie
Quand, d’une sentence sans appel de l’homme, ton corps fût enseveli.

Ô Ndefaan!
J’ai encore dans mon être meutri l’aura magique de ton existence.
J’ai gardé au fond de mon cœur pétri le fantasme de ta présence.
Non! Je ne pourrais me défaire du poids de cette perte d’innocence

Ô Ndefaan!
Je sens la fragrance de ton sang limpide, source de vie des animaux
Je me rappelle de ton fond étanche, lieu de refuge pour tortues et crapauds
Et oui! Je me suis bercé d’échos des chœurs de leurs concerts nocturnes 

Ô Ndefaan!
Je vois encore ton corps revêtu des couleurs du ciel au gré du caprice des airs
Je te vois servant de lit confortable aux nénuphars exhibant leur grâce de nymphe sous les rayons solaires

Ô Martyr des hommes! 
Ils t’avaient cru mort et ont enterré ton corps sans attente
Aujourd’hui ta demeure leur sert pour suer des pieds en jouant au foot
De ton âme vivante ils n’en ont plus connaissance et ils s’en foutent

Ô Ndefaan! 
Où es-tu sinon dans l’espace vaste de mon imaginaire infini?

 

 

Le troisième

Yohan Pezo (1994-) – Partenaire d’AFROpoésie – RDC

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Pour vraiment parler de sagesse 
Discutons à l’infinitif 
Jamais le temps ne vous presse 
Il est seulement définitif 
.
Donc seconde après seconde maintenant 
Donnez-vous à la lucidité, l’éveil 
Car même dans votre sommeil 
Le temps reste vivant 
.
L’effroi, les prophéties de sueur froide 
La grande promesse des flammes 
Je suis ton ennemi, pas ton camarade 
Si tu cherches le paradis prend une arme 
.
La musique existerait-elle sans le vacarme ? 
La paix n’a de sens que pour la guerre
Toi tu veux seulement sauver ton âme 
Au lieu de comprendre quoi en faire 
.

Negro

Langston Hugues (1902-1967) – USA

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I am a Negro:

    Black as the night is black,

    Black like the depths of my Africa.

I’ve been a slave:

    Caesar told me to keep his door-steps clean.

    I brushed the boots of Washington.

I’ve been a worker:

   Under my hand the pyramids arose.

   I made mortar for the Woolworth Building.

I’ve been a singer:

   All the way from Africa to Georgia

   I carried my sorrow songs.

   I made ragtime.

I’ve been a victim:

   The Belgians cut off my hands in the Congo.

   They lynch me still in Mississippi.

I am a Negro:

   Black as the night is black,

   Black like the depths of my Africa.

 

Traduction

 

Je suis un Nègre :
            Noir comme la nuit est noire,
            Noir comme les profondeurs de mon Afrique.

J’ai été un esclave :
            César m’a dit de tenir ses escaliers propres.
            J’ai ciré les bottes de Washington.

J’ai été ouvrier :
            Sous ma main les pyramides se sont dressées.
            J’ai fait le mortier du Woolworth Building.

J’ai été un chanteur :
            Tout au long du chemin de l’Afrique à la Géorgie
            J’ai porté mes chants de tristesse.
            J’ai créé le ragtime.

Je suis un Nègre :
            Les Belges m’ont coupé les mains au Congo.
            On me lynche toujours au Mississipi.

Je suis un Nègre :
            Noir comme la nuit est noire
            Noir comme les profondeurs de mon Afrique.

 

1925, « The Weary Blues »

Le lourdaud espérant

Rithon Mwampeti (1992-) – Partenaire d’AFROpoésie – RDC

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Fraîche matinée, brise enchantée,

Pour les uns les matines sonnent le lever du jour

Pour les autres, marquent un sommeil lourd

Je quitte mon lit, file à l’église honorer cette entité

Dans laquelle la quantité ne dépend d’aucune matité

Mon ventre crie à la sauvette

Ses hurlements battent la breloque

Distinctes comme le son d’une coque

Alors mes idées volent,

Oh ! cajolent l’espoir des jours meilleurs

Ces temps gracieux qui nous enflent de joie

Nous maintiennent en vie,

Dans l’envie d’une seule chose : espérer