Harcèlement

Nasser Ahmed alias Marcus (1996-) – Partenaire d’AFROpoésie – MAYOTTE (France)

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Illustration © Nasser Ahmed

Ils sont là à improviser des défauts

Mais ce qu’ils disent sur toi est faux

Seul ton courage fera ce qu’il faut…

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Cameroun: Alain Alfred Moutapam, le poète incontournable

Article de Renaud Artoux à retrouver sur le site de notre partenaire AFRIK.COM

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A. A. Moutapam

Alain Alfred Moutapam est un poète aujourd’hui incontournable sur la scène francophone. Prenant sa source chez les griots d’Afrique, il fait résonner ses poèmes au XXIe siècle de la plus belle des façons. A l’écrit comme à l’oral, il interpelle et questionne son époque autant que ses deux pays : la France et le Cameroun. Plus qu’un pont entre deux continents, entre deux pays, il est une réponse à ceux qui doutent encore de la compatibilité des cultures. En réalité, Alain Alfred incarne la Culture et AFRIK.COM l’a rencontré pour vous.
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AFRIK.COM : Bonjour Monsieur Moutapam, pourriez-vous vous présenter rapidement aux lecteurs d’AFRIK.COM ?

Alain Alfred Moutapam : Je suis juriste internationaliste de formation, enseignant, chercheur en diplomatie culturelle africaine, et poète par vocation.

AFRIK.COM : Vous êtes très impressionnant sur scène. Griot, comédien, créateur d’images et de symboles. D’où vous est venue cette façon de déclamer la poésie ?

Alain Alfred Moutapam : Votre question est un éloge à mon endroit et vous m’en voyez tout ému. A la vérité, je vis et je respire la poésie. Ce faisant, en clamant des poèmes, j’exprime totalement la somme des émotions, des forces, des images que j’habite et qui transparaissent dans mon art et sa théâtralité.

AFRIK.COM : Que pensez-vous du slam ? J’ai bizarrement du mal à vous qualifier de « slameur » malgré votre oralité et votre sens du rythme…

Alain Alfred Moutapam : Pour ma part, le slam est une forme de poésie, qui obéit à une rythmique spéciale qui habite celles et ceux qui sont porteurs de ce talent. Certains slameurs sont des poètes qui s’ignorent ; ceci, parce que, dans leur art, on y retrouve le souffle vivifiant de la poésie : le poétique.

AFRIK.COM : Quel lien gardez-vous avec votre pays d’origine, le Cameroun ?

Alain Alfred Moutapam : Avec le Cameroun, j’entretiens des liens affectifs spéciaux, car c’est le pays dont le limon entre dans la composition de ma chair. J’y ai passé les premières années de ma vie, et j’y ai encore ma famille élargie, mes cousins, mes enseignants, de nombreux amis et fans. J’en garde d‘excellents souvenirs : ma vie quotidienne dans mon village à Mbengué-Edéa, la poésie des chants lors des deuils et autres cérémonies villageoises, mon réveil au petit matin par ma grand-mère au deuxième ou troisième chant du coq, ma longue marche avec mes camarades à travers la forêt pour rejoindre l’école tous les matins, nos jeux dans la forêt, les baignades en certains jours dans le grand fleuve.

Toutefois, depuis quelques années, chaque fois que j’y vais, je vois mon pays sombrer… je constate la déchéance de ce qui autrefois faisait sa force et nous rendait fiers d’être ses enfants. La mauvaise gouvernance et la prédation des biens publics sont devenues si courants. Le système éducatif est totalement inadapté aux urgences sociétales actuelles et futures. Les enseignants sont mal payés et donc peu motivés ; la jeunesse se meurt tous les jours dans le désert du Sahara et la mer Méditerranée, à la quête d’un espoir manifestement introuvable sur place. Un grand chagrin m’habite en pensant à mon pays si riche en potentialités humaines comme matérielles, mais si pauvre dans la déclinaison de ces dernières. Mon pays a besoin d’une refondation totale et complète avec de nouveaux hommes, de nouveaux rêves, de nouvelles voies.

AFRIK.COM : Que représente à vos yeux votre autre patrie, la France ?

Alain Alfred Moutapam : La France représente beaucoup pour moi. Tout d’abord, pendant toute mon enfance, c’était le pays modèle sur la planète Terre. Elle l’était et l’est toujours, en termes d’organisation politico-sociale, de beauté architecturale, des arts de vivre, j’entends du savoir-vivre, savoir-dire, savoir-faire. Elle était et reste le pays des savants, des grands diplomates, des grands artistes et quelques grands hommes politiques. C’est encore le pays de la sapience, entendue comme lieu par excellence où se transmettait et se transmet toujours la connaissance, voire la connaissance de la connaissance (Sia oua), par le truchement de ses célèbres universités, ses célèbres savants.

La France a donné naissance également à d’exceptionnels poètes, couturiers, gastronomes, footballeurs, etc. Tout ceci ne relève pas seulement du passé. La France a été et reste encore une grande nation. Elle abrite toujours en son sein des hommes et femmes de valeur, qui, par leur exceptionnelle humanité, illuminent la Terre entière. La France reste le pays qui m’a permis de gravir mes montagnes chimériques. Je veux dire que la France m’a donné la possibilité d’y vivre, de m’y épanouir, d’y trouver mon chemin et de faire entendre haut ma voix. En somme, grâce à ma deuxième patrie, j’ai pu répondre à l’interrogation existentielle et ô combien pertinente de : qui suis-je ? Quelle est ma véritable mission sur Terre ?

Néanmoins, aucune œuvre n’étant parfaite, j’ai appris par mes recherches, que ma deuxième terre si chérie, pour laquelle j’ai un amour indéfectible, n’a toujours pas été juste dans ses rapports avec les pays plus faibles et les plus pauvres qu’elle esclavagisa et colonisa. J’ai appris que certains de ses savants ont falsifié ou contribué à falsifier la brillante histoire des peuples de mon continent. J’ai appris qu’un système de prédation et de paupérisation de mon peuple, la Françafrique, a été pensé et mis en place par « une certaine élite française », aux fins de continuer et de perpétuer la domination des plus forts. Ce système-là, explique au moins en partie, le sort actuel de mon peuple livré à lui-même.

Pour ne pas conclure, j’ai la faiblesse de penser que la classe dirigeante française d’aujourd’hui et de demain, gagnerait à repenser les relations entre la France et ses anciennes colonies. Non point par de simples discours comme il est d’usage, mais par une politique coopérative juste où aucune partie n’abuserait de l’autre. La France restaurera ainsi la confiance galvaudée, entamée, de la jeunesse africaine à son égard, et posera les jalons d’une relation future, France-Afrique, équitable, viable et certainement plus durable.

AFRIK.COM : Vous semblez très bien vendre vos ouvrages, sans pourtant avoir un gros éditeur derrière vous. En sachant que la poésie se vend généralement assez mal. Quel est votre secret ? Où peut-on se les procurer ?

Alain Alfred Moutapam : Mon secret réside dans l’émotion qui émane de moi lors de mes récitals et qui est exactement retransmise à mes auditeurs ou téléspectateurs. Ce sont des moments uniques comme vous l’avez constaté, qu’on ne peut conter par des mots. Mon public est souvent emporté, transporté, par ce souffle vivifiant que seuls les poètes nés savent générer. C’est dans ces conditions, que mes fans, mes disciples, et autres curieux, veulent à tout prix découvrir mes textes, les pénétrer, en faire l’exégèse, opérer leur propre corps-à-corps avec ce que je nomme mes palpitations poétiques.

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Mes livres de poésie peuvent se commander en me contactant directement via mon mèl : amoutapam@yahoo. fr ; ou alors en allant à la librairie Présence Africaine sise au 25 rue des écoles Paris 5e.

AFRIK.COM : Vous êtes un « poète-partenaire » du site AFROpoésie (www.afropoesie.com). Pourquoi participez-vous à ce projet ?

Alain Alfred Moutapam : Pourquoi ne voudriez-vous pas que j’y participe ? A la vérité, le projet AFROpoésie me parle ; car j’ai l’intuition que ceux qui le portent sont des êtres généreux et la poésie est aussi générosité. En ces temps d’obstruction de la voie poétique, de sa marginalisation, de son étouffement par les tenants d’une civilisation fondée sur l’avoir et non sur l’être, il est plus qu’urgent pour les poètes de se faire entendre pour rétablir les équilibres nécessaires . Les poètes se doivent de rappeler la primauté de l’être sur l’avoir. Ils sont les envoyés chargés d’apporter la lumière et la guérison en ce monde hélas ténébreux et parfois titubant.

AFRIK.COM : Lors de la Garden party de la littérature afro, le 14 juillet 2017 dans les studios de la chaîne Ubiznews, vous avez fait sensation avec un de vos poèmes. Pouvez-vous nous en parler rapidement ?

Alain Alfred Moutapam : Le titre du poème clamé, déclamé ce mémorable jour est : le cri de l’immigré. Regardez l’Afrique, voyez l’opulence dans laquelle vivent ceux qui détiennent les manettes du pouvoir, constatez le dénuement total dans lequel vit la majorité des citoyens, regardez l’état des écoles, des hôpitaux, des routes, des ponts, des infrastructures publiques en général, interrogez sa jeunesse actuelle, visitez les quartiers pauvres, observez ces enfants, ces femmes, ces hommes dont le seul rêve est de partir, partir le plus loin possible, loin de leurs héritages, loin de leurs lieux de culte, loin de leurs terres, de leur continent, à la recherche d’un peu d’espoir, et vous aurez exactement la signification, l’explication, l’explicitation et la justification de mon cri. C’est le cri du mal être de tout un peuple qui ne sait plus à quel saint se vouer…

AFRIK.COM : Quelles sont vos ambitions pour l’avenir ?

Alain Alfred Moutapam : J’entends continuer à apporter la consolation aux âmes en détresse, de l’exaltation à celles qui sont dans la joie. J’espère pouvoir générer toujours le maximum d’émotions subliminales dans les cœurs et surtout dans les âmes de mes contemporains et plus tard pour la postérité.

 

 

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Vulgum Pecus

Ousseynou Thiombiano (1993-) – Partenaire d’AFROpoésie – SÉNÉGAL

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Au banc des accusés
Je suis cité à comparaître
Mon crime : je suis noir
Donc génocidaire
Et anti progressiste
Pourtant autant que vous tous
Je vis entre terre et cieux
Entre levant et couchant
Et du sang rouge coule dans mes veines…

Au banc des accusés
Je suis cité à comparaître
Mon crime : je suis blanc
Donc missionnaire
Et impérialiste
Pourtant autant que vous tous
Je vis entre terre et cieux
Entre levant et couchant
Et du sang rouge coule dans mes veines…

Au banc des accusés
Je suis cité à comparaître
Mon crime : je suis Arabe
Et musulman
Donc antisémite
Et terroriste
Pourtant autant que vous tous
Je vis entre terre et cieux
Entre levant et couchant
Et du sang rouge coule dans mes veines…

Au banc des accusés
Je suis cité à comparaître
Mon crime : je suis juif
Donc lobbyiste
Et sioniste
Pourtant autant que vous tous
Je vis entre terre et cieux
Entre levant et couchant
Et du sang rouge coule dans mes veines…

Et arrivera un jour où à tort
Ma plume sera condamnée pour avoir eu raison
Son crime : elle est mienne
Donc libre
Et véridique
Pourtant autant que nous tous
Elle vit entre terre et cieux
Entre levant et couchant
Et du sang rouge coule dans mes veines…

Mamadou Baba Dieng devient partenaire d’AFROpoésie!

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Je m’appelle Mamadou Baba Dieng et je suis né le 24 mars 1992. Je suis originaire de CasCas, situé dans la région de Saint-Louis du Sénégal. Mais j’ai quitté CasCas à l’âge de 5ans pour rejoindre Dakar ; là où j’ai fait mes humanités.

Je me suis très tôt attaché à la poésie et j’ai commencé à manifester cet attachement sur les pages de mes cahiers d’écolier.
C’est dans ces derniers que je retraçais mes souvenirs à la fois cruels et romantiques. Dans ma poésie la nature joue un rôle important car je m’exprime même par les arbres, par les saisons, les fleurs etc. Je leur fait porter une âme et ils participent à ma poésie pour aiguiser la muse du poète d’une part, et ils guérissent ma nostalgie, d’autre part. C’est comme quand je vois des coccinelles ou des balatines me ramenant à mon cher CasCas. Mon berceau d’enfance. Dans ma poésie la botanique n’a point de frontière, elle appartient au monde.
Pour résumer, ma poésie est une sorte de calebasse, quiconque y plonge sa main y trouve sa part.

Page Facebook: cliquez ici

Mon email: touris920@hotmail.fr

Pour commander mon recueil, cliquez ici

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Marcus Nasser Ahmed devient partenaire d’AFROpoésie!

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Je m’appelle Nasser Ahmed (alias Marcus) et je suis né le 30 décembre 1996 à Mayotte.

J’ai  grandi dans ce 101e département français d’outre-mer à Passamainty dans la commune de Mamoudzou.

J’ai publié mon 1er  recueil de poésie philosophique en 2017.

Si j’ai choisi de me lancer dans l’écriture et la poésie, c’est avant tout pour exprimer mon vécu et ce que j’ai pu observer dans ce monde, en tant que passionné de la langue de Molière.  Enfin, je dessine pour illustrer des poèmes (mes poèmes sont d’ailleurs à la disposition des poètes d’AFROpoésie).

Pour en connaître plus sur moi à travers mon blog, cliquez ici

Pour vous procurer mon recueil, cliquez ici

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Embrasse-moi ta nuit

Combilé Djikine dite Noks (1992-) – Partenaire d’AFROpoésie – FRANCE/MALI

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Tout est embrassement

L’encens qui poudre l’air, avec délicatesse,

L’encens qui cendre ta nuit,

L’encens qui sent, et exhume ton sens

À sa flamme sacrée.

Tout est embrasement aux orifices rouges :

Une béance ouverte au secret de la lèvre,

Une peau qui palpite, une mèche qui tressaille

Vers les rebords enlacés : un regard luit,

Transpire, et pèle son orbite

Et tourbillonne ainsi, poussant l’avidité !

 

Les mains se décentrent

Tâtonnant plus loin, après leur origine

Leur agrume de veines

Aux pulpes des rencontres…

Une étreinte de chair

Une écorce sanglante

Aux bougies enfumées qui tressautent, la nuit.

 

26.11.2016

Métisse

Waounwa Tinha Florentin (1948-) – Partenaire d’AFROpoésie – BÉNIN

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Beya Gilles Gacha en illustration

Tu préfères

le jour, quand il se lève,

la nuit, quand elle tombe,

.

Jamais aimée l’un sans l’autre,

Te voilà écartelée de naissance.

.

Petites mains plaquées contre le jour

arrêtée à l’aube,

Petits pieds plaqués contre la nuit

arrêtée au crépuscule,

.

Allongée entre ombres et lumières

Tu inaugures à l’infini

des savoirs en saveurs

des sens enflammés

d’énigmes

de beauté

d’amour

Tu existes

Ton sourire

Jean Ambassa (1939-1987) – Partenaire d’AFROpoésie (à travers sa fille Patricia) – CAMEROUN

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Vois-tu mon cœur

qui exulte

à ta rencontre

 

Vois-tu la joie

qui m’inonde

à ton sourire

 

Mon regard est si faible !

Incapable de te le dire…

Ma parole est si pauvre !

Trop banale pour te le dire…

 

Vois-tu mon souffle qui s’éveille

à l’éclat de ton sourire

Oui, de ton beau sourire

qui m’inonde de paix

qui m’arrose de joie

 

Vois-tu ma joie profonde

qui ne peut trouver de mots

Pour se dire à ton oreille :

La joie profonde de mon âme en fête

devant la beauté immense de ton sourire

 

Et le silence qui m’habite

n’est plus indifférence ni rancœur :

il est le chant d’amour qui renaît

dans le creux de mon cœur qui exulte !

Afrique #1

Fabienne Passament (1973-) – Partenaire d’AFROpoésie – FRANCE/COTE D’IVOIRE

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Photo © Justin Makangara

Du souvenir présent de l’Afrique natale,

Je suis l’orchidée blanche au parfum sombre et lourd

Et s’éveille en mon cœur la quiétude fatale,

La douceur du climat où l’humidité sourd.

 

Je suis l’orchidée blanche au parfum sombre et lourd

De forêts où les arbres sont des cathédrales,

La douceur du climat où l’humidité sourd

Étouffe le désert, apaise l’astre pâle.

 

De forêts où les arbres sont des cathédrales,

Je suis les cris de femmes à la tombée du jour :

Étouffe le désert, apaise l’astre pâle,

Des hommes le murmure et tam-tams des tambours.

 

Je suis les cris de femmes à la tombée du jour,

De la terre à la nuit, il s’élève le râle

Des hommes le murmure et tam-tams des tambours,

Musique et grondement des rumeurs ancestrales.

 

De la terre à la nuit, il s’élève le râle

De la mer à la vague qui se rompt toujours,

Musique et grondement des rumeurs ancestrales.

Je suis infiniment bercée par le retour

 

De la mer à la vague qui se rompt toujours,

Et s’éveille en mon cœur la quiétude fatale,

Je suis infiniment bercée par le retour

Du souvenir présent de l’Afrique natale. 

© Fabienne Passament, Correspondance, 2013