« JE TE L’AI DÉJÀ DIT » de Kateb Yacine

Poème de Kateb Yacine (1929-1989) – ALGÉRIE

Crédits à Habib M’henni / Wikimedia Commons 

Mon unique folie :

Je rêve tout éveillé

de ce paradis perdu

D’une damnation de Milton

– Mais qui prouve la mort

Des trépassés ?

Pour moi, je suis mort

D’une mort terrible :

Mon âme faisait des vers

Quand d’autres vers

Me rongèrent jusqu’aux os.

Mon char était suivi

De tous mes ennemis,

Et le prêtre, pour une fois

Intelligent,

Sifflotait une de mes

Rengaines préférées…

Mon père jouait à la belote

Et cracha son mégot

Quand mon cercueil passa.

Seule ma mère

Démolissait une poitrine

Qui avait sa fierté…

Et puis ma petite soeur

N’avait plus personne

Pour lui montrer ses problèmes.

Mon chat regrettait mes os,

Qu’il trouvait appétissants…

Le Coran seul

M’accompagna jusqu’au cimetière.

Poème emprunté au site https://tipaza.typepad.f

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