Poème de Kateb Yacine (1929-1989) – ALGÉRIE

Mon unique folie :
Je rêve tout éveillé
de ce paradis perdu
D’une damnation de Milton
– Mais qui prouve la mort
Des trépassés ?
Pour moi, je suis mort
D’une mort terrible :
Mon âme faisait des vers
Quand d’autres vers
Me rongèrent jusqu’aux os.
Mon char était suivi
De tous mes ennemis,
Et le prêtre, pour une fois
Intelligent,
Sifflotait une de mes
Rengaines préférées…
Mon père jouait à la belote
Et cracha son mégot
Quand mon cercueil passa.
Seule ma mère
Démolissait une poitrine
Qui avait sa fierté…
Et puis ma petite soeur
N’avait plus personne
Pour lui montrer ses problèmes.
Mon chat regrettait mes os,
Qu’il trouvait appétissants…
Le Coran seul
M’accompagna jusqu’au cimetière.
Poème emprunté au site https://tipaza.typepad.f
❤
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