Entre l’écrivaillon et l’écouvillon

Poème de Souleymane Kidé (1980-) – Partenaire d’AFROpoésie – MAURITANIE

800px-dip_pen

Entre l’écrivaillon et l’écouvillon
Il y a une muse et belle Cendrillon.
.
Entre l’écrivaillon et l’écouvillon
Il y a du pain versifié dans le sillon.
.
Entre l’écrivaillon et l’écouvillon
Il y a de levain sur la tête d’un grillon.
.
Entre l’écrivaillon et l’écouvillon
Il y a de la bile dans le bouillon.
.
Entre l’écrivaillon et l’écouvillon
Il y a l’averse et un tourbillon.
.
Kide Souleymane © 2019

 

 

Publicités

Gbédôkpô

Poème de Rodrigue Hounsounou (1986-) – Partenaire d’AFROpoésie – BÉNIN

IMG_20190414_122809

Aïe ! Quand j’ai vu ce pagne en vente,

C’est comme une marée déferlante,

Un tsunami qui ravive les vieux démons.

Des interrogations cascadent sans nom

 

Dans ma boîte crânienne sombre d’abîme

Et la frénésie s’est emparée de mon esprit.

Vous me direz peut-être que j’ai l’esprit

Restreint. Et que je souffre du narcissisme.

 

Gbédôkpô ! Voilà ce que mon âme a crié

Quand j’entends qu’elle prend

Une couleur communale pour l’éternité.

Je crains que dans deux ans,

 

On ne fêtera plus Gbédôkpô Agamé-Koudo.

La fête de pâque est politisée aux échos

Jusque dans les ménages et dans les cuisines

Où les foyers ardents d’autrefois bourdonnent

 

Resterons désormais sans feu.

Quand Progressistes et Républicains dans ce jeu

Tirent chacun le drap de leur côté,

Ce sont les pauvres villageois non côtés

 

Comme nous qui nous retrouverons coi,

Sans couverture et sans joie.

Et la fête partira en vrille.

Tu verras encore et encore la roue vile

 

De Gbédôkpô tournée dans le sens

Du désordre orchestré: c’est la cadence.

Où descendrez-vous mes chers étudiants?

De vos bus qui attirent la curiosité, les chants

 

Et l’engagement du travail chez les élèves ;

Il ne restera plus rien de ce rêve

Quand l’honorabilité prendra le dessus

Sur l’asociabilité; nous serons tous déçus.

 

Malheur à qui déchire la joie

Des pauvres paysans, artisans

Et revendeurs regroupés ce court instant

Pour partager ce peu de joie.

 

Malheur à qui se sert de cet événement

De retrouvailles des frères et sœurs aimants

Pour préparer des joutes électorales aux airs

Monocolores. Derrière ce désir volontaire

 

De bien faire, se cache une raison liée

A l’intérêt personnel : la politique voilée.

Ne m’en voulez pas.

De la politique, je n’en fais pas.

 

Mais je vous fais part simplement

De ma part de vérité; amèrement.

Où irons nos mères, nos sœurs et nos femmes

Que l’euphorie de ces moments de diadèmes

 

Rend éblouissantes et joviales dans leurs

Pagnes ou dans leurs maillots pleins de splendeurs

S’essayant au football épique?

Où joueront nos groupes folkloriques

 

De Zangbétô, de Gota, de Massê…

Qui apportent une touche culturelle

Rehaussant l’événement de cet aspect

Délaissé de nos politiques et intellectuels?

 

Que feront nos pères et nos enfants adorés

Que ce jour enchante et sort

De leurs terriers jamais calculés

Des politiques qui se moquent de leurs sorts?

 

De vos démonstrations de billets,

On n’en veut pas !

Des villageois désœuvrés mais roublards,

Gbédôkpô devra habiller.

 

De vos étalages de véhicules fortunés,

On n’en veut pas !

Des étudiants crève-la-faim et clochards,

Gbédôkpô devra nourrir et loger.

 

De vos égo et de vos orgueils,

On n’en veut pas !

Des infrastructures décrépites et en sommeil,

Gbédôkpô devra reconstruire tels des remparts.

 

Revenons à la réalité !

Revenons aux fondamentaux !

Et réfléchissons un peu plutôt

Pour ne pas penser plus tard aux ratés.

 

 

Entre l’oppresseur et l’oppressé

Poème de Souleymane Kidé (1980-) – Partenaire d’AFROpoésie – MAURITANIE

Illustration: photographie de l'arrestation d'un homme lors des émeutes de Watts, 1965

Wattsriots-policearrest-loc

Entre l’oppresseur et l’oppressé
Il y a un innocent agressé.
.
Entre l’oppresseur et l’oppressé
Il y a un fantôme tellement pressé.
.
Entre l’oppresseur et l’oppressé
Il y a l’espoir si vite trépassé
.
Entre l’oppresseur et l’oppressé
Il y a le mal mollement caressé
.
Entre l’oppresseur et l’oppressé
Un sage nuitamment tabassé
.
Entre l’oppresseur et l’oppressé
La fraternité fuit et l’amour harassé.
.
Entre l’oppresseur et l’oppressé
L’âme éreintée suit le cœur cabossé
.
Entre l’oppresseur et l’oppressé
C’est un relent d’un vers pissé !

.

 

Et le soleil

Poème de Léopold Sédar Senghor (1906-2001) – SÉNÉGAL

1024px-Corp2739.jpg

Et le soleil boule de feu, déclive sur la mer vermeille.
Au bord de la brousse et de l’abîme, je m’égare dans
le dédale du sentier.
Elle me suit, cette senteur haute altière qui irrite mes
narines
Délicieusement. Elle me suit et tu me suis, mon double.

Le soleil plonge dans l’angoisse
Dans un foisonnement de lumières, dans un tressaillement
de couleurs de cris de colères.
Une pirogue, fine comme une aiguille dans une mer
immense étale
Un rameur et son double.
Saignent les grès du cap de Nase quand s’allume le
phare des Mamelles
Au loin. Le chagrin tel me point à ta pensée.

Je pense à toi quand je marche je nage
Assis ou debout, je pense à toi le matin et le soir
La nuit quand je pleure, eh oui quand je ris
Quand je parle je me parle et quand je me tais
Dans mes joies et mes peines. Quand je pense et ne
pense pas
Chère je pense à toi !

 

In Lettres d’hivernage

 

La jeune femme de Kyoto

Poème de René Depestre (1926-) – HAÏTI

Tree_flowering_near_lake_in_Nomahegan_park_NJ.jpg

Une nuit j’ai allongé ma vie dans son herbe

et j’ai tant joui de sa beauté que je porte

son absence de fée comme un temps de cerisier.

Des années après je sens
Yuko infuser

une force d’arbre à pain à mes idées.

Je la vois qui ouvre et ferme

en riant les battants de mon chemin.

Ivre de ses charmes, me voici à jamais

accru de sa flambée de jeune femme.

 

 

Enta omri (Tu es ma vie)

Chanson d’Oum Kalthoum (1898-1975) – EGYPTE

Illustration: Oum Kalthoum dans Life Magazine, 1962

Umm_Kulthum_06.jpg

Ragaa’ouni a’einaik el Ayam illi rahou. 
Tes yeux m’ont ramené à mes jours passés 
A’alamouni andam a’ala El-Madhi wi gerahou. 
Ils m’ont appris à regretter le passé et ses blessures. 

Illi shouftouh kabli ma tshoufak a’inaih. 
Tout ce que je voyais avant que mes yeux ne te voient était une vie gâchée. 
omry dhayea’ yehsibouh izay a’alaya? 
Comment pourraient-ils considérer cette part de ma vie?

Inta omry illi ibtada b’nourak sabahouh. 
Avec ta lumière, l’aube de ma vie a commencé. 
Ad eyh min omry kablak ray w a’ada? 
Combien de ma vie avant que tu ne sois perdu? 
Ya habibi ad eyh min omry raah. 
Est-ce un passé perdu, mon amour. 

Wala shaf elkalb kablak farhah wahdah. 
Mon cœur n’a jamais connu la joie avant toi
Wala dak fi eldounya ghair taa’m el-jiraah. 
Mon cœur n’a jamais su quoi que ce soit de la vie autre que le goût de la douleur et de la souffrance. 

Ibtadait bilwakti bas ahib omry. 
J’ai commencé seulement maintenant à aimer ma vie. 
Ibtadait bilwakti akhaf la ilomry yijri. 
Et commencé à craindre que ma vie m’échappe. 

Kouli farha eshtakha min kablak khayali. 
Chaque joie dont je me languissais avant toi 
Eltakaha fi nour a’ainaik kalbi w fikri. 
Mes rêves l’ont trouvé dans la lumière de tes yeux 
Ya hayat kalbi ya aghla min hayati. 
Oh le cœur de ma vie – Tu es plus précieux que ma vie.
Leih ma kabilni hawak ya habibi badri? 
Pourquoi ne t’ai-je pas rencontrer longtemps avant? 

Illi shouftouh kabli ma tshoufak a’inaih 
Tout ce que j’ai vu avant que mes yeux ne te voient était une vie gâchée 
omry dhayea’ yehsibouh izay a’alaya? 
Comment pourraient-ils considérer cette part de ma vie?

Inta omry illi ibtada b’nourak sabahouh. 
Tu es ma vie qui commence à l’aube de ta lumière.

Ellayali el hilwa wil shouk wil mahabah. 
Les belles nuits et le désir et le grand amour. 
min zaman w elkalbi shayilhoum a’ashanak. 
Depuis longtemps, le cœur était en attente de toi.

Douk maa’ayah elhoub douk habah bhabah min hanan kalbi illi taalshoukouh li hananak. 
Goûte l’amour avec moi peu à peu depuis la bonté de mon cœur qui aspire à la bonté de ton coeur. 
Hat a’inaik tisrah fi dounyethoum a’ineyyah. 
Referme tes yeux pour que mes yeux puissent se perdre dans la vie de tes yeux.
Tends tes mains pour que mes mains se reposent au contact de tes mains.

Yahabibi taa’ala w kfaya ill fatna. 
Mon amour, viens, et assez. 
Howa illi fatna ya habibi elrouh shwayah. 
Ce qui nous avons manqué n’est pas peu, oh amour de mon âme. 

Illi shouftouh kabli ma tshoufak a’inaih 
Tout ce que j’ai vu avant que mes yeux ne te voient était une vie gâchée 
omry dhayea’ yehsibouh izay a’alaya? 
Comment pourraient-ils considérer cette part de ma vie?
Inta omry illi ibtada b’nourak sabahouh. 
Tu es ma vie qui commence à l’aube de ta lumière.

Ya aghla min ayyami. 
Tu es plus précieux que mes jours
Ya ahla min ahlami. 
Tu es plus beau que mes rêves 
Khoudni li hananak khoudni. 
Emmène-moi dans ta douceur.
Mina el woujoud w iba’idni. 
Emporte-moi loin de l’univers 
Bia’eid bia’eid ana w inta. 
Loin, très loin, toi et moi 
Bia’eid bia’eid wahdeina. 
Loin, très loin, seuls

A’ elhoub tisha ayamna. 
Avec amour, nos journées se réveilleront.
A’ el shouk tnaam layaleina. 
Nous passerons nos nuits à nous languir l’un de l’autre

Salaht beek ayami. 
Je me réconcilie avec les jours grâce à toi 
Samaht beek el zaman. 
J’ai pardonné au temps grâce à toi.
Nasitni beek aalami. 
Avec toi j’oublie ma douleur
W inseet maa’aak elshagan. 
Et j’oublie avec toi ma misère 

Ragaa’ouni a’einaik el Ayam illi rahou. 
Tes yeux m’ont ramené à mes jours passés 
A’alamouni andam a’ala El-Madhi wi gerahou. 
Ils m’ont appris à regretter le passé et ses blessures. 

Illi shouftouh kabli ma tshoufak a’inaih. 
Tout ce que je voyais avant que mes yeux ne te voient était une vie gâchée. 
omry dhayea’ yehsibouh izay a’alaya? 
Comment pourraient-ils considérer cette part de ma vie?
Inta omry illi ibtada b’nourak sabahouh. 
Avec ta lumière, l’aube de ma vie a commencé.