En l’honneur du général de Gaulle

René Depestre (1926-) – HAÏTI

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Au-delà des jours et des travaux de votre vie, mon général, quand je lève la tête, je regarde pousser un grand galop d’arbre à pain : le fait
Charles de
Gaulle augmente sous nos yeux d’un fabuleux trésor de feuilles et de fruits.

Loué soit l’éclat de la parole-action qui sous le ciel de
Londres vous fit un destin d’homme de tous les hommes et plus
Français libre que personne.

Cet été-là, en plein matin, mon général, la nuit était tombée sur la tribu des mots : brûlé vif à l’esprit le doux langage de
France ne savait plus à quel saint cartésien se vouer

patricien sans cadran solaire à droite ou à gauche, en homme d’un soir de juin émerveillé, vous avez inventé le chemin où les mots de tous les jours se changent en
action de soldat et en vision plénière de poète.

Loué soit le paladin honoré de sa lumière qui osa se lever tôt en grand seigneur de la parole française !

soyez avec nous,

maître d’œuvre et de songe !

avec les transhumants du langage créole : nos forces sont au travail dans la braise qui prépare le nouvel équilibre du monde.

Aidez-nous, mon général, à métisser à la française les choses belles et libres de la vie ; aidez dans son histoire la famille humaine à tenter à sa
limite une remontée sans précédent des droits et des rêves de l’homme et du citoyen.

 

 

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L’amitié

Rodrigue Hounsounou (1986-) – Partenaire d’AFROpoésie – BÉNIN

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Ami! Ami! Ami! J’écris couci-couça

Une pensée claire; qu’elle ne t’engonça

Point l’esprit car telle l’hostie catholique

J’ose célébrer cette amitié liturgique.

 

Dans cette pénombre, la gaine et la mine

Bénissent ce papier buvard. Anodine

Source où nous communions nos esprits

Sous l’égide des Lettres Modernes, frits

 

Les éléments narcotiques, épars, avérés.

La muse dont sous l’instigation fêlée

L’alliance dans la coupe astiquante

 

Nous donne la verve communicante.

Insurement hygrométrique, muré

Sous un silence cadavérique lustré.

 

 

(Bénin/Agamé Tel: +22996043111)

Les oisillons de bénitier

Jérôme Aviron (1969-) – Partenaire d’AFROpoésie – FRANCE

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                                                                                   22 h Trois frêles oisillons sur la sono,                                   Montent déjà la garde En chantant crescendo, Croyant que personne                            ne les regarde.

 

Et bien non, moi je vous vois, Tandis que vous vous donnez

En spectacle, pendant la Sainte Messe, qui nous revoie Au

Jeudi Saint à Dakar la bien aimée, chaque année.

 

Le lavement des pieds Va d’un bon train,

tandis Que du haut de votre perchoir,

hardis, Vous n’arrêtez jamais de nous épier.

 

Votre jeu apparaît Désormais au grand jour, Au moment où

la profonde nuit noire, comme toujours Ici, tombe dès vingt

heures, quand le soleil disparaît.

 

Belles prémices du Triduum Pascal,

Célébré en ces lieux fort chamarrés,

Où boubous et prêt-à-porter bigarrés

S’entremêlent en un bouquet jovial.

 

Les paroissiens fervents Arrivent, bien avant Que cette

cérémonie au long cours ne commence, S’assurant

une bonne place, ayons confiance.

 

Chacun médite sur l’humilité du Serviteur des serviteurs De Dieu, Jésus

Christ, représenté par le Prêtre revêtu du sacerdoce, Par le soin qu’il

prodigue envers ses ouailles, à toute heure Disponible pour chacun, fruit du

célibat qu’amoureusement il endosse.

 

Alors, les chants humains montent au firmament,

Couvrant les verts piaillements Disharmonieux,

soudain grêles, Des volatiles envolés à tire-d’aile !

 

 

A Dakar, le 13 avril 2017

 

Vógló ùsó (Ecoute la rivière)

Géraldin Mpesse (1991-) – Partenaire d’AFROpoésie – CAMEROUN

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Ecoute passer la rivière

Ses vagues sont plus humbles que les hommes

Ses vagues parlent la langue des anges

 

Quand je passe son vent

Me caresse les pensées

Et la voix des crabes perce le silence

Que l’eau renferme dans son ventre

 

Les hommes. Les femmes.

 La douleur de la pensée d’hier

Marche sur l’ombre du peuple en sanglot

 

Le vent caresse les pensées 

Des hommes qui vont de sentier en sentier

 

Ecoute la voix des oiseaux

Qui disent que les ancêtres ne sont pas morts

Ils marchent dans le cœur du peuple

Et nous envoient la lumière du temps

 

La rivière qui me traverse le cœur

Dénoue les menottes qui embrigadent ma pensée

 

Texte original en eton, langue parlée dans le département de la Lékié, région du Centre au Cameroun

 

Vólgó ùsó ú tə́ lòd mìkúd

Mié mi né ùsə̀sàà à lòdgì bòd

Mìkúd mí tə́ kwálə̂ ŋkwálə́ bíŋglɛ́s

 

Íyɔ́ŋ mə̀ tə́ lod ìvúŋlə́ yě

Í tə́ mə̂ vwání mí ntcógní

cíŋ í bɔ́kárə́ í tə́ tú ívə́vɔ́

Mə̀ndím mə́ tə́ nɛ̀ á lə̀búm dě

 

Bòd. bìngə́.

 Ìsòplò mí-ncògní á ŋgɔgí

Mí tə́ wùlə̀ á ncícím nám ú tə́ tàd

 

Ìvúnglə́ í tə́  vwáni mí-ncógní

Í bód bə́ tə́ kə́ á wùlə̀ mə̀zɛ̌n mə̂zɛ̌n

 

Vógló cíŋ lə̀nwǎn

Í tə́ kàd na᷇ā̰ bɔ̀tàrə́ bə́ ándzí mə̌ wú

Bə́ tə́ kè á wùlə̀ á nə̰̄m nàm

Dɔ́ bə́ tə́ bî lóm íŋgə̄ŋgə̄ŋ āmǒs

 

Ùsó ú tə́ mə́ lòd á nə̄m

Ú tə́ mə̌ kúí í ŋgádgì ḭ̀ nə̀ mə̌ á míncògní

 

 

Géraldin Mpesse devient partenaire d’AFROpoésie!

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Je m’appelle Géraldin Mpesse, je suis un écrivain-poète camerounais né en 1991. J’écris en eton, en français et en espagnol.

Auteur d’un recueil de poème en espagnol : El grito de dolor (2016); dont les poèmes ont été publiés dans plusieurs anthologies à travers le monde. Enseignant de formation, je dirige actuellement le magazine culturel : Lepan Africa Revista. Cliquez ici pour découvrir sa Page Facebook

Mes écrits sont disponibles sur Edilivre.com, La Rama Dorada Ediciones, Le Capital des mots et ALTER Vox Media. 

J’ai commencé à écrire la poésie en classe de 3ème. Mes premiers textes étaient des vers idylliques que j’adressais à Berengère, ma copine d’alors. La poésie est mon compagnon de chaque jour. C’est le canal par lequel je m’évade. C’est la beauté de mon entourage chanté par l’émerveillement de mon esprit. Faire de la poésie c’est parcourir ma tendre enfance, les chants populaires de mon village, les cris d’animaux et les coassements des grenouilles qui donnaient l’impression de parler, le mystère du chuchotement des buissons.

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Yā Banīy As-Saharā (hymne du Sahara occidental)

 

Traduction en français

 

O fils du Sahara! Dans le champ de bataille, vous tenez la flamme sur le chemin long

Faites la révolution en notre nation et suivez ce chemin pour elle.

Coupez la tête de l’envahisseur. Coupez la tête de l’envahisseur.

O révolutionnaires, la patrie sera glorieuse. Coupez les Etats de cette région.

Enlève avec la guerre les causes de la protestation et abandonne-la, aucune soumission, aucun compromis.

Aucun agent, aucun envahisseur, aucun agent, aucun envahisseur.

Vous qui demandez qui nous sommes: nous sommes ceux qui mènent la lutte pour la transformation.

Nous sommes ceux qui brisent l’idole, nous sommes ceux qui comprennent le bel apprentissage.

Nous sommes les gens de la route, les gens de la route.

Nous sommes ceux qui ont montré le chemin contre l’occupation, celui brûle au-dessus des assaillants.

C’est la guerre pour effacer l’oppresseur et établir le droit des travailleurs.

Nous sommes les gens du chemin, nous sommes les gens du chemin.

Le soulèvement c’est pour le peuple et il avancera dans les pays arabes.

Cela produira toujours l’unité dans les cœurs et établira la justice et la démocratie.

Chaque siècle, chaque génération, chaque siècle, chaque génération.

 

 

Pour en savoir plus sur le Sahara occidental, cliquez ici

 

 

Le vent

Aboukhadre Diallo (1955-) – Partenaire d’AFROpoésie – SÉNÉGAL

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Je suis le vent

Je vous salue et vous apporte les nouvelles d’ailleurs

Du levant et du ponant

Je suis l’alizé qui vocalise les murmures

Des feuillages et la fraîcheur marine

Je suis le vent suave

Des effluves des vergers de Tollou Bour

Et même des parfums des Signares

Je suis le vent ombrageux

Qui rugit sur les eaux lasses

Qui vagit sur les rives basses

Qui rythme moissons et saisons.

 

 

Connaissez-vous la dub poetry?

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La dub poetry est une forme d’expression poétique née dans la communauté jamaïcaine, en Grande-Bretagne et en Jamaïque, à la fin des années 1970.

À la différence du deejay (ou toaster) qui improvise sur des riddims ou des dub plates, le dub poet dit des textes écrits (souvent les dub poets publient des recueils de poèmes aussi bien que des disques), et en général il est accompagné par un groupe qui joue des musiques spécialement composées pour accompagner ses poèmes. C’est un genre de reggae à part entière, car la poésie dub a souvent une création d’orchestration complète, avec section rythmique, cuivres, etc.

Le poète dub psalmodie ses textes en calquant son phrasé sur la rythmique qu’interprètent les musiciens qui l’accompagnent (Il ne chante pas mais « pose » sa poésie sur des rythmiques reggae/dub). Le poète part du verbe ; le DJ, lui, part d’un morceau de musique préenregistrée, et il ne se sert pas vraiment de la musique, mais seulement du rythme.

Les textes de la dub poetry sont ouvertement politiques et sociaux, et évitent les éléments d’auto-célébration ou les allusions sexuelles souvent associées avec les deejays du reggae dancehall.

C’est avec Linton Kwesi Johnson (LKJ) que le mouvement trouve son véritable représentant. Arrivé en Grande-Bretagne en 1963 à l’âge de 11 ans, il obtient une licence en sociologie et rejoint les Black Panthers.

Il monte un groupe, les Rasta Love où il fait ses premiers essais musicaux. Son premier recueil « Voices of the Living and the Dead » est édité en 1974. C’est de sa rencontre avec Dennis Bovell que naît en 1977 Dread Beat An’ Blood, adaptation du recueil du même nom.

LKJ écrit et récite ses poèmes en patois jamaïcain, il dénonce le racisme, les inégalités sociales et les dégâts du capitalisme :

« fashist an di attack 
noh baddah worry ’bout dat 
fashist an di attack 
wi wi’ fite dem back »

(Paroles de Fite Dem Back, LKJ, Forces of victory, 1979)

En Jamaïque, le premier à émerger est Oku Onuara (album Reflection In Red en 1979) suivi par Jean Binta BreezeMichael SmithMutabaruka, ou Benjamin Zephaniah.

En 1983 sort la compilation Word Sound ‘ave power avec Jean Binta Breeze, Mutabaruka, Malachi Smith, etc.

Les dub poets officieront plus ou moins dans l’ombre, car la dub poetry reste assez mal connue. Le fait que ces artistes soient avant tout poètes et écrivains en est une raison, car ils concentrent leurs efforts sur l’écriture, mais la principale raison du caractère « underground » de ce courant est certainement sa grande force contestataire, qui l’éloigne des circuits de distribution habituels. La plupart des dub poets sont toujours actifs aujourd’hui. La dub poetry reprend les thèmes et revendications des rastas mais s’intéresse de plus près à l’acte artistique, à l’engagement politique et social contre le racisme, l’impérialisme, les problèmes économiques, etc.

À part la Jamaïque et la Grande-Bretagne, Toronto au Canada possède une scène active de dub poetry, avec des poètes tels que Lillian AllenAfua Cooper, ou Ahdri Zhina Mandiela qui sont parmi les fondateurs de la Canadian Dub Poetry Legacy.

En France, Mushapata répand sa dub poetry partout où on l’invite depuis plus de vingt ans.

Bibliographie

David Bousquet, Dub poetry : une étude de l’oralittérature dans les poèmes de Jean Bista Breeze, Linton Kwesi Johnson et Benjamin Zephaniah, Université de Strasbourg, novembre 2010.

Lire aussi l’article de Mélissa Simard, « Dub Poetry: perspective féministe des années 1970 à aujourd’hui » (pp.101-127) dans Musiques noires: L’Histoire d’une résistance sonore, ouvrage collectif dirigé par Jérémie Kroubo Dagnini (Camion Blanc, 2016, 518 pages).

Jérémie Kroubo Dagnini, Vibrations jamaïcaines: L’Histoire des musiques populaires jamaïcaines au XXe siècle (Camion Blanc, 2011, 768 pages).

Extrait

Edmond Jabès (1912-1991) – EGYPTE/FRANCE

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Je suis un silencieux. Je me demande, grâce au recul que je prends, maintenant, avec ma vie,
si ce goût prononcé pour le silence n’a pas son origine dans la difficulté qui, de tout temps,
fut la mienne, de me sentir d’un quelconque lieu.
Avant de connaître le désert, je savais qu’il était mon univers. Seul le sable peut accompagner
une parole muette jusqu’à l’horizon.
Écrire sur le sable, à l’écoute d’une voix d’outre-temps, les limites abolies. Voix violente du vent ou, immobile, de l’air, cette voix vous tient tête. Ce qu’elle annonce est ce qui vous agresse ou écrase. Parole des abyssales profondeurs dont vous n’êtes que l’inintelligible bruit ; la sonore ou l’inaudible présence.
S’il fallait une image au Rien, le sable nous la fournirait.
Poussière de nos liens. Désert de nos destins.

 

 

In Un étranger avec, sous le bras, un livre de petit format, © Gallimard, 1989, p 32-33

Medley

Dzidjonou Woudji (1998-) – Partenaire d’AFROpoésie – TOGO

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Quand se croisent nos regards,

Quand se mêlent nos voix,

 Quand sur le tien, mon sourire

Un tantinet en retard dessine un regret,

Quand ton charme me plie à sa volonté,

Quand nos cœurs fondent en chœur,

Se noient dans la pure volupté,

Que sur nos visages se dessine le bonheur,

Que dans tes baisers je découvre le paradis

Parfumé, paradis des dieux,

Que dans ton cou j’explore la terre promise,

Que mes paumes dans les tiennes,

Le vent soulève les feuilles mortes sur le passage,

Qu’au vu de ta beauté les oiseaux, se

Posent sur les branches des arbres pour admirer,

Quand l’oracle se trouve désœuvré parce que

Tu es mon présent et mon avenir,

Quand l’un de ces ménestrels je deviens,

Car mordu par ta splendeur,

Je ne puis trouver de remède,

Quand de toi la nature devient jalouse,

Lorsque dans tes yeux je me perds,

Quand être avec toi subjugue tout

Et que dès lors, plus rien ne compte.

Alors de la vie le goût suave je découvre.

 

 

In Éclaire ma lanterne