Poème de Fatou Yelly Faye (1957-) – Responsable de délégation AFROpoésie/Afrique de l’Ouest – SÉNÉGAL

Ta perruque
Cette autre toi
Sournoise
Envahissante
Sournoise dépendance qui te lie à l’autre
Tu ne peux te défaire de son joug sournois mesquin
Elle t’asphyxie,
T’envahit
Tu n’es plus toi
Mais qu’importe ?
Tu es Cette autre mais tu n’en as cure
À force de toujours la mettre sur ta tête
Toi cet être dénaturé tu te dis bonjour
Et tu t’accroches à ta Perruque
Elle qui te rassure te, procure cette sensation de mieux être
Elle comble ce vide que tu t’es créé de toutes pièces
Cloisonnée dans ta suffisance, ta Perruque te réconforte dans ta sournoise niaiserie.
Dans ton chimérique rêve du mieux paraître
Tu es satisfaite de ta Perruque
Vache à lait de multimillionnaires fabricants
L’Inde se frotte les mains et le monde applaudit
Eurêka une vieille trouvaille qu’on développe constamment
L’industrie de la perruque chante à tue-tête
‘Typha’ des temps modernes
Sous-marin patrouilleur Prédatrice de nos jeunes économies
Elle s’est liée d’amitié à ces tubes blanchissants
Oui en un double-clic
C’est le monde du clic, ma texture noire passe du jaune papaye au blanc
Une coalition Sournoise
C’est la chasse à la mélanine
Mélanine qui t’embarrasse, te dérange
Mélanine qui pourtant est conditionnée en gélules pour nourrir ceux qui n’en ont pas
Ceux qui connaissent tant son utilité,
l’ont conditionné dans des boîtes pour personne en manque de ce don divin.
Oui ta perruque s’est trouvée un allié de taille.
Elle est blonde orange bleue noire rouge
Ta perruque ton autre toi
Elle cache ce crâne rasé, cette calvitie prématurée
Ces touffes éparses de cheveux indisciplinés qui ont appris à prendre leur aise.
Malgré tout tu as compris
Que même si l’on peut mourir avec une perruque sur la tête
De grâce qu’on ne t’enterre pas avec elle !
C’est une compagne éphémère
Amie d’une journée
Tu l’accroches la nuit ou la jette nonchalamment dans un coin le soir.
Seigneur libère-la de sa Perruque
Parfois blanche noire orange
Elle en a de toutes les marques de toutes les textures
De toutes les tailles
De toutes les longueurs,
dures, lisses, rudes ou douces.
Ce sont ces perruques dont elle raffole
Avec lesquelles elle se balade
Elle se sent bien dans ses cheveux filiformes
Elle se sent bien dans l’ondulation la texture de ses cheveux qui l’accompagnent chaque jour.
Finies les belles tresses
Les nattes effectuées par ses mains expertes
À force de porter ta Perruque
Tu enterres à petit feu ton héritage ancestral
Ces cheveux naturels tels des lianes envahissantes ‘’Typha ‘’ des têtes,
Ta Perruque envahit ton monde crée une
Surcharge d’aliénation
Ta Perruque t’accompagne chaque jour.
Elle cache ta calvitie , tes cheveux broussailleux , ta négligence calculée.
Seigneur délivre-la de sa Perruque.
Elle la nargue, la cloître, la cloisonne dans ce rêve chimérique du mieux paraître.
Elle la lisse, caresse, avec ses doigts, la nonchalance raffinée, calculée.
Ses doigts glissent sur cette douceur chimérique.
Elle se surprend à penser qu’elle provient d’elle, de son véritable soi.
Ce sont ces cheveux artificiels
Originaires d’où ?
D’une femme d’une fille d’une mère en détresse
En offrande à quel dieu?
Quels vœux as-tu formulé, jumelle inconnue pour lui donner si généreusement tes si beaux cheveux ?
Le soir quand tu quittes ta Perruque pour dormir, face à ton miroir, tu retrouves ta vraie perruque, tes vrais cheveux naturels
Alors tu formules cette prière :
« Seigneur délivre-moi de ma Perruque elle m’asphyxie,
M’envahit, me piétine me tue à petit feu
Délivre-moi de cette dépendance inquiétante,
Dépendance calculée à l’industrie du cheveux
Qui se frotte les mains
Afrique réveille-toi
Africaine Ma fille
Africaine Ma sœur
Cette diversion calculée du rêve du mieux paraître
Cet énième piège que nous devons surmonter
Africaine Ma sœur
Soyons fières de nos belles tresses, de nos beaux foulards, de nos belles coiffures.
Africaine ma sœur!
La technique du caméléon a atteint ses limites
Ne nous accrochons plus aux aspérités clinquantes
Calquant sans discernement tout ce qui n’est pas nous.
Car le développement de l’Afrique passera par l’acceptation de soi
De la fierté d’être nous-même.
Oui !
Nous avons assez enrichi les autres.
il est temps
Il est plus que temps
De penser aux jeunes générations décomplexées délivrées de tout mimétisme .
De grâce
Armons nos enfants moralement
Aidons-les à s’accepter.
Formons-les
Préparons-les à mieux faire face dans l’Unité et la paix des cœurs aux grands défis du monde à venir.
Dakar – Dimanche 09 -05 -2024
Fatou Yelly Faye
Poétesse de la solidarité intergénérationnelle et du cousinage à plaisanterie
Grand prix David DIOP de poésies de l’Association des Écrivains du Sénégal.