Je t’aime a-t-il dit

Poème de Sonia Khader traduit par Monia Boulila (1961-) – Partenaire d’AFROpoésie – PALESTINE/TUNISIE

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Je t’aime, a-t-il dit

Une volée de papillons a frémi dans mon sang, les abeilles ont rampé dans mes veines, mon cœur s’est envolé et l’habileté de ma main, la grenade s’est fondue et le poème s’est désarticulé, le poème que j’ai pressé au point que la lucidité a déserté la conscience.

 

Je t’aime, a-t-il dit

Le temps s’est assoupi une dizaine d’années, ou plus peut-être, quand le visage était pomme et le rêve un ange qui cueillait la lumière et  m’offrait la lune et un morceau de sucre.

 

Je t’aime, a-t-il dit

Des tempêtes se sont alors levées, des villes ont disparu, les cartes ont erré sur son visage, le pays a retrouvé son terroir,

J’ai dansé le tango avec le temps, sur le balcon du temps, à qui tous les autres balcons ont fait la révérence.

 

Je t’aime, a-t-il dit

Des caravanes de fourmis se sont engouffrées dans mes pores, tremblotantes, montantes, descendantes, s’effarouchant au moindre contact, à la moindre éventualité qu’il dise encore  « je t’aime ».

 

Je t’aime, a-t-il dit

Mes jardins ont envahi l’automne, il s’est métamorphosé verdure humide dans mon corps.

 

Je t’aime, a-t-il dit

Le ciel s’est écroulé sur moi et sur mes tristesses, il m’a entendu dire : « ô ciel, je ne t’enlacerai pas, tombe plutôt dans mes bras, puise le bleu et repars ! Et vous, roses, buvez-moi pour déjouer le sommeil, buvez-moi, je suis depuis cet instant votre source, votre eau pure. »

 

Je t’aime, a-t-il dit

Les grappes des vignes ont alors frémi, les roseaux ont explosé, le champ s’est enivré et s’est mis à chanter, le bûcheron eut pitié du bois.

 

Je t’aime, a-t-il dit

Les beignets ont gonflé, les verres ont débordé, les minarets ont appelé à la prière, les cloches ont sonné, et la fête a chanté : à la vie !

 

 

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Sonia Khader est née à Ramallah, en Palestine, ville qu’elle admire tout particulièrement.

Elle a eu une formation multidisciplinaire : études supérieures en biologie à l’université de Bir Zeït (fondée en 1924) ; un diplôme en architecture d’intérieure de l’université américaine ICS grâce à des études par correspondance ; des cours d’informatique pendant deux ans et demi à l’université d’el-Qods interrompus par la guerre israélo-palestinienne en 2002.

Cette formation multidisciplinaire et l’état de guerre que vit la Palestine expliquent les différentes fonctions que Sonia Khader a pu exercer : enseignante en physique et en biologie à l’école de sœurs Mary Youssef à Ramallah ; enseignante de la langue française de base pour enfants.

Après un court passage de six mois en tant que directrice générale à la maison d’édition et de distribution Dar Echourouk, elle rejoint le théâtre d’Achtar, théâtre de formation et de production théâtrale où elle a occupé le poste de directrice générale du Département communication.

Parallèlement à cette carrière professionnelle, elle a dirigé et organisé le Festival international du théâtre des opprimés, en 2007, à Ramallah et a participé à plusieurs ateliers d’écriture théâtrale en association avec le Royal Court Théâtre de Londres.

En 2005, Sonia Khader publie certains écrits sur des sites électroniques pour créer ensuite son propre blog.

« La porte de l’éternité » Roman aux éditions Elfarabi – Liban septembre 2016

-« Parfumée, je vais à lui » aux éditions Lazhari Labter – Algérie 2014: ce recueil regroupe les poèmes de Sonia Khader en arabe et leur traduction faite par la poète tunisienne Monia Boulila

– « Tu n’aimes donc pas le café ? » édité en 2012

– « Pour des soleils que j’ai cachés », son premier recueil de poésie paru fin 2009 aux éditions FADHAET en Jordanie.

Avec un groupe de poètes arabes elle vécu une participation remarquable au Salon International du Livre à Ramallah – Palestine, en 2014

De même qu’elle est critique de romans (de Waciny Laaredj, Mario Vargas Llosa, José Samarago, RIM Bassiouni, Assa Zoghbi, Milan Kundera…)

Actuellement, Elle écrit des articles  sur « l’impact de Facebook sur l’intellectuel arabe » et sur ​​« les défis auxquels font face les femmes créatrices en général et plus particulièrement les femmes du monde arabe » qui seront publiés dans une revue électronique et sur sa page Facebook.

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