Cameroun: Alain Alfred Moutapam, le poète incontournable

Article de Renaud Artoux à retrouver sur le site de notre partenaire AFRIK.COM

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A. A. Moutapam

Alain Alfred Moutapam est un poète aujourd’hui incontournable sur la scène francophone. Prenant sa source chez les griots d’Afrique, il fait résonner ses poèmes au XXIe siècle de la plus belle des façons. A l’écrit comme à l’oral, il interpelle et questionne son époque autant que ses deux pays : la France et le Cameroun. Plus qu’un pont entre deux continents, entre deux pays, il est une réponse à ceux qui doutent encore de la compatibilité des cultures. En réalité, Alain Alfred incarne la Culture et AFRIK.COM l’a rencontré pour vous.
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AFRIK.COM : Bonjour Monsieur Moutapam, pourriez-vous vous présenter rapidement aux lecteurs d’AFRIK.COM ?

Alain Alfred Moutapam : Je suis juriste internationaliste de formation, enseignant, chercheur en diplomatie culturelle africaine, et poète par vocation.

AFRIK.COM : Vous êtes très impressionnant sur scène. Griot, comédien, créateur d’images et de symboles. D’où vous est venue cette façon de déclamer la poésie ?

Alain Alfred Moutapam : Votre question est un éloge à mon endroit et vous m’en voyez tout ému. A la vérité, je vis et je respire la poésie. Ce faisant, en clamant des poèmes, j’exprime totalement la somme des émotions, des forces, des images que j’habite et qui transparaissent dans mon art et sa théâtralité.

AFRIK.COM : Que pensez-vous du slam ? J’ai bizarrement du mal à vous qualifier de « slameur » malgré votre oralité et votre sens du rythme…

Alain Alfred Moutapam : Pour ma part, le slam est une forme de poésie, qui obéit à une rythmique spéciale qui habite celles et ceux qui sont porteurs de ce talent. Certains slameurs sont des poètes qui s’ignorent ; ceci, parce que, dans leur art, on y retrouve le souffle vivifiant de la poésie : le poétique.

AFRIK.COM : Quel lien gardez-vous avec votre pays d’origine, le Cameroun ?

Alain Alfred Moutapam : Avec le Cameroun, j’entretiens des liens affectifs spéciaux, car c’est le pays dont le limon entre dans la composition de ma chair. J’y ai passé les premières années de ma vie, et j’y ai encore ma famille élargie, mes cousins, mes enseignants, de nombreux amis et fans. J’en garde d‘excellents souvenirs : ma vie quotidienne dans mon village à Mbengué-Edéa, la poésie des chants lors des deuils et autres cérémonies villageoises, mon réveil au petit matin par ma grand-mère au deuxième ou troisième chant du coq, ma longue marche avec mes camarades à travers la forêt pour rejoindre l’école tous les matins, nos jeux dans la forêt, les baignades en certains jours dans le grand fleuve.

Toutefois, depuis quelques années, chaque fois que j’y vais, je vois mon pays sombrer… je constate la déchéance de ce qui autrefois faisait sa force et nous rendait fiers d’être ses enfants. La mauvaise gouvernance et la prédation des biens publics sont devenues si courants. Le système éducatif est totalement inadapté aux urgences sociétales actuelles et futures. Les enseignants sont mal payés et donc peu motivés ; la jeunesse se meurt tous les jours dans le désert du Sahara et la mer Méditerranée, à la quête d’un espoir manifestement introuvable sur place. Un grand chagrin m’habite en pensant à mon pays si riche en potentialités humaines comme matérielles, mais si pauvre dans la déclinaison de ces dernières. Mon pays a besoin d’une refondation totale et complète avec de nouveaux hommes, de nouveaux rêves, de nouvelles voies.

AFRIK.COM : Que représente à vos yeux votre autre patrie, la France ?

Alain Alfred Moutapam : La France représente beaucoup pour moi. Tout d’abord, pendant toute mon enfance, c’était le pays modèle sur la planète Terre. Elle l’était et l’est toujours, en termes d’organisation politico-sociale, de beauté architecturale, des arts de vivre, j’entends du savoir-vivre, savoir-dire, savoir-faire. Elle était et reste le pays des savants, des grands diplomates, des grands artistes et quelques grands hommes politiques. C’est encore le pays de la sapience, entendue comme lieu par excellence où se transmettait et se transmet toujours la connaissance, voire la connaissance de la connaissance (Sia oua), par le truchement de ses célèbres universités, ses célèbres savants.

La France a donné naissance également à d’exceptionnels poètes, couturiers, gastronomes, footballeurs, etc. Tout ceci ne relève pas seulement du passé. La France a été et reste encore une grande nation. Elle abrite toujours en son sein des hommes et femmes de valeur, qui, par leur exceptionnelle humanité, illuminent la Terre entière. La France reste le pays qui m’a permis de gravir mes montagnes chimériques. Je veux dire que la France m’a donné la possibilité d’y vivre, de m’y épanouir, d’y trouver mon chemin et de faire entendre haut ma voix. En somme, grâce à ma deuxième patrie, j’ai pu répondre à l’interrogation existentielle et ô combien pertinente de : qui suis-je ? Quelle est ma véritable mission sur Terre ?

Néanmoins, aucune œuvre n’étant parfaite, j’ai appris par mes recherches, que ma deuxième terre si chérie, pour laquelle j’ai un amour indéfectible, n’a toujours pas été juste dans ses rapports avec les pays plus faibles et les plus pauvres qu’elle esclavagisa et colonisa. J’ai appris que certains de ses savants ont falsifié ou contribué à falsifier la brillante histoire des peuples de mon continent. J’ai appris qu’un système de prédation et de paupérisation de mon peuple, la Françafrique, a été pensé et mis en place par « une certaine élite française », aux fins de continuer et de perpétuer la domination des plus forts. Ce système-là, explique au moins en partie, le sort actuel de mon peuple livré à lui-même.

Pour ne pas conclure, j’ai la faiblesse de penser que la classe dirigeante française d’aujourd’hui et de demain, gagnerait à repenser les relations entre la France et ses anciennes colonies. Non point par de simples discours comme il est d’usage, mais par une politique coopérative juste où aucune partie n’abuserait de l’autre. La France restaurera ainsi la confiance galvaudée, entamée, de la jeunesse africaine à son égard, et posera les jalons d’une relation future, France-Afrique, équitable, viable et certainement plus durable.

AFRIK.COM : Vous semblez très bien vendre vos ouvrages, sans pourtant avoir un gros éditeur derrière vous. En sachant que la poésie se vend généralement assez mal. Quel est votre secret ? Où peut-on se les procurer ?

Alain Alfred Moutapam : Mon secret réside dans l’émotion qui émane de moi lors de mes récitals et qui est exactement retransmise à mes auditeurs ou téléspectateurs. Ce sont des moments uniques comme vous l’avez constaté, qu’on ne peut conter par des mots. Mon public est souvent emporté, transporté, par ce souffle vivifiant que seuls les poètes nés savent générer. C’est dans ces conditions, que mes fans, mes disciples, et autres curieux, veulent à tout prix découvrir mes textes, les pénétrer, en faire l’exégèse, opérer leur propre corps-à-corps avec ce que je nomme mes palpitations poétiques.

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Mes livres de poésie peuvent se commander en me contactant directement via mon mèl : amoutapam@yahoo. fr ; ou alors en allant à la librairie Présence Africaine sise au 25 rue des écoles Paris 5e.

AFRIK.COM : Vous êtes un « poète-partenaire » du site AFROpoésie (www.afropoesie.com). Pourquoi participez-vous à ce projet ?

Alain Alfred Moutapam : Pourquoi ne voudriez-vous pas que j’y participe ? A la vérité, le projet AFROpoésie me parle ; car j’ai l’intuition que ceux qui le portent sont des êtres généreux et la poésie est aussi générosité. En ces temps d’obstruction de la voie poétique, de sa marginalisation, de son étouffement par les tenants d’une civilisation fondée sur l’avoir et non sur l’être, il est plus qu’urgent pour les poètes de se faire entendre pour rétablir les équilibres nécessaires . Les poètes se doivent de rappeler la primauté de l’être sur l’avoir. Ils sont les envoyés chargés d’apporter la lumière et la guérison en ce monde hélas ténébreux et parfois titubant.

AFRIK.COM : Lors de la Garden party de la littérature afro, le 14 juillet 2017 dans les studios de la chaîne Ubiznews, vous avez fait sensation avec un de vos poèmes. Pouvez-vous nous en parler rapidement ?

Alain Alfred Moutapam : Le titre du poème clamé, déclamé ce mémorable jour est : le cri de l’immigré. Regardez l’Afrique, voyez l’opulence dans laquelle vivent ceux qui détiennent les manettes du pouvoir, constatez le dénuement total dans lequel vit la majorité des citoyens, regardez l’état des écoles, des hôpitaux, des routes, des ponts, des infrastructures publiques en général, interrogez sa jeunesse actuelle, visitez les quartiers pauvres, observez ces enfants, ces femmes, ces hommes dont le seul rêve est de partir, partir le plus loin possible, loin de leurs héritages, loin de leurs lieux de culte, loin de leurs terres, de leur continent, à la recherche d’un peu d’espoir, et vous aurez exactement la signification, l’explication, l’explicitation et la justification de mon cri. C’est le cri du mal être de tout un peuple qui ne sait plus à quel saint se vouer…

AFRIK.COM : Quelles sont vos ambitions pour l’avenir ?

Alain Alfred Moutapam : J’entends continuer à apporter la consolation aux âmes en détresse, de l’exaltation à celles qui sont dans la joie. J’espère pouvoir générer toujours le maximum d’émotions subliminales dans les cœurs et surtout dans les âmes de mes contemporains et plus tard pour la postérité.

 

 

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