Connaissez-vous la dub poetry?

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La dub poetry est une forme d’expression poétique née dans la communauté jamaïcaine, en Grande-Bretagne et en Jamaïque, à la fin des années 1970.

À la différence du deejay (ou toaster) qui improvise sur des riddims ou des dub plates, le dub poet dit des textes écrits (souvent les dub poets publient des recueils de poèmes aussi bien que des disques), et en général il est accompagné par un groupe qui joue des musiques spécialement composées pour accompagner ses poèmes. C’est un genre de reggae à part entière, car la poésie dub a souvent une création d’orchestration complète, avec section rythmique, cuivres, etc.

Le poète dub psalmodie ses textes en calquant son phrasé sur la rythmique qu’interprètent les musiciens qui l’accompagnent (Il ne chante pas mais « pose » sa poésie sur des rythmiques reggae/dub). Le poète part du verbe ; le DJ, lui, part d’un morceau de musique préenregistrée, et il ne se sert pas vraiment de la musique, mais seulement du rythme.

Les textes de la dub poetry sont ouvertement politiques et sociaux, et évitent les éléments d’auto-célébration ou les allusions sexuelles souvent associées avec les deejays du reggae dancehall.

C’est avec Linton Kwesi Johnson (LKJ) que le mouvement trouve son véritable représentant. Arrivé en Grande-Bretagne en 1963 à l’âge de 11 ans, il obtient une licence en sociologie et rejoint les Black Panthers.

Il monte un groupe, les Rasta Love où il fait ses premiers essais musicaux. Son premier recueil « Voices of the Living and the Dead » est édité en 1974. C’est de sa rencontre avec Dennis Bovell que naît en 1977 Dread Beat An’ Blood, adaptation du recueil du même nom.

LKJ écrit et récite ses poèmes en patois jamaïcain, il dénonce le racisme, les inégalités sociales et les dégâts du capitalisme :

« fashist an di attack 
noh baddah worry ’bout dat 
fashist an di attack 
wi wi’ fite dem back »

(Paroles de Fite Dem Back, LKJ, Forces of victory, 1979)

En Jamaïque, le premier à émerger est Oku Onuara (album Reflection In Red en 1979) suivi par Jean Binta BreezeMichael SmithMutabaruka, ou Benjamin Zephaniah.

En 1983 sort la compilation Word Sound ‘ave power avec Jean Binta Breeze, Mutabaruka, Malachi Smith, etc.

Les dub poets officieront plus ou moins dans l’ombre, car la dub poetry reste assez mal connue. Le fait que ces artistes soient avant tout poètes et écrivains en est une raison, car ils concentrent leurs efforts sur l’écriture, mais la principale raison du caractère « underground » de ce courant est certainement sa grande force contestataire, qui l’éloigne des circuits de distribution habituels. La plupart des dub poets sont toujours actifs aujourd’hui. La dub poetry reprend les thèmes et revendications des rastas mais s’intéresse de plus près à l’acte artistique, à l’engagement politique et social contre le racisme, l’impérialisme, les problèmes économiques, etc.

À part la Jamaïque et la Grande-Bretagne, Toronto au Canada possède une scène active de dub poetry, avec des poètes tels que Lillian AllenAfua Cooper, ou Ahdri Zhina Mandiela qui sont parmi les fondateurs de la Canadian Dub Poetry Legacy.

En France, Mushapata répand sa dub poetry partout où on l’invite depuis plus de vingt ans.

Bibliographie

David Bousquet, Dub poetry : une étude de l’oralittérature dans les poèmes de Jean Bista Breeze, Linton Kwesi Johnson et Benjamin Zephaniah, Université de Strasbourg, novembre 2010.

Lire aussi l’article de Mélissa Simard, « Dub Poetry: perspective féministe des années 1970 à aujourd’hui » (pp.101-127) dans Musiques noires: L’Histoire d’une résistance sonore, ouvrage collectif dirigé par Jérémie Kroubo Dagnini (Camion Blanc, 2016, 518 pages).

Jérémie Kroubo Dagnini, Vibrations jamaïcaines: L’Histoire des musiques populaires jamaïcaines au XXe siècle (Camion Blanc, 2011, 768 pages).

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