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Le soldat

Poème d’Auguste Lacaussade (1815-1897) – LA RÉUNION (France) 

Illustration: Le four à chaux (détail). Fragment de La Bataille de Champigny, panorama d'Alphonse de Neuville et Édouard Detaille.

1024px-Champigny,_le_four_à_chaux_(détail).jpg

On marche aux sons voilés du tambour. Sur la plaine
Le soleil luit ; l’oiseau vole au bord du chemin.
Oh ! que n’ai-je son aile ! oh ! que la vie est pleine
De tristesse ! Mon cœur se brise dans mon sein.

Au monde je n’aimais que lui, mon camarade,
Que lui seul, et voici qu’on le mène à la mort.
Pour le voir fusiller défile la parade ;
Et c’est nous, pour tirer, nous qu’a choisis le sort.

On arrive : ses yeux contemplent la lumière
De ce soleil de Dieu qui monte dans le ciel…
Mais d’un bandeau voici qu’on couvre sa paupière :
Dieu clément, donnez-lui le repos éternel !

Nous sommes neuf en rang, déjà prêts sous les armes.
Huit balles l’ont blessé ; la mienne, – de douleur
Leurs mains tremblaient, leurs yeux visaient mal sous les larmes, –
La mienne l’a frappé juste au milieu du cœur.

Imité de l’allemand.

 

Études poétiques, 1876

 

 

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