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Taga de Mbaye Dyôb (pour un tama)

Poème de Léopold Sédar Senghor (1906-2001) – SÉNÉGAL

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Mbaye Dyôb ! je veux dire ton nom et ton honneur.

Dyôb ! je veux hisser ton nom au haut mât du retour,
Je veux chanter ton nom Dyôbène ! toi qui m’appelais ton maître et
sonner ton nom comme la cloche qui chante la victoire
Me réchauffais de ta ferveur aux soirs d’hiver
autour du poêle rouge qui donnait froid.
Dyôb ! qui ne sais remonter ta généalogie et domestiquer le temps noir,
dont les ancêtres ne sont pas rythmés par la voix du tama
Toi qui n’as tué un lapin, qui t’es terré sous les bombes des grands vautours
Dyôb ! — qui n’es ni capitaine ni aviateur ni cavalier pétaradant,
pas seulement du train des équipages
Mais soldat de deuxième classe au Quatrième Régiment des Tirailleurs sénégalais
Dyôb ! — je veux chanter ton honneur blanc.

Les vierges du Gandyol te feront un arc de triomphe
de leurs bras courbes, de leurs bras d’argent et d’or rouge
Te feront une voie de gloire avec leurs pagnes rares des Rivières du Sud.
Lors elles te feront un collier d’ivoire de leurs bouches
qui parent plus que manteau royal
Lors elles berceront ta marche,
leurs voix se mêleront aux vagues de la mer
Lors elles chanteront : « Tu as bravé plus que la mort,
plus que les tanks et les avions qui sont rebelles aux sortilèges
« Tu as bravé la faim, tu as bravé le froid et l’humiliation du captif .
« Oh ! téméraire, tu as été le marchepied des griots des bouffons
« Oh ! toi qui ajoutas quels clous à ton, calvaire pour ne pas déserter tes compagnons
« Pour ne pas rompre le pacte tacite
« Pour ne pas laisser ton fardeau aux camarades, dont les dos ploient à tout départ
« Dont les bras s’alanguissent chaque soir où l’on serre une main de moins
« Et le front devient plus noir d’être éclairé par un regard de moins
« Les yeux s’enfoncent quand s’y reflète un sourire de moins.
Dyôb ! — du Ngâbou au Wâlo, du Ngalam,
à la mer s’élèveront les chants des vierges d’ambre
Et que les accompagnent les cordes des kôras !
Et que les accompagnent les vagues et les vents !
Dyôb ! — je dis ton nom et ton honneur.

 

In Hosties noires

 

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