« Le blues du désespoir » de Langston Hugues

Poème de Langston Hugues (1902-1967) – USA

Le musicologue John Lomax, serrant la main du musicien « Uncle » Riche Brown en 1940 – Ruby Terrill Lomax – U.S. Library of Congress – Wikipedia

Fredonnant un air syncopé et nonchalant,
Balançant d’avant en arrière avec son chant moelleux,
J’écoutais un Nègre jouer.
En descendant la Lenox Avenue l’autre nuit
A la lueur pâle et maussade d’une vieille lampe à gaz
Il se balançait indolent…
Il se balançait indolent…
Pour jouer cet air, ce Blues du Désespoir.
Avec ses mains d’ébène sur chaque touche d’ivoire
Il amenait son pauvre piano à pleurer sa mélodie.
Ô Blues !
Se balançant sur son tabouret bancal
Il jouait cet air triste et rugueux comme un fou,
Tendre Blues !
Jailli de l’âme d’un Noir
Ô Blues !

D’une voix profonde au timbre mélancolique
J’écoutais ce Nègre chanter, ce vieux piano pleurer –
« J’n’ai personne en ce monde,
J’n’ai personne à part moi.
J’veux en finir avec les soucis
J’veux mettre mes tracas au rancart. »
Tamp, tamp, tamp ; faisait son pied sur le plancher.
Il joua quelques accords et continua de chanter –
« J’ai le Blues du Désespoir
Rien ne peut me satisfaire.
J’n’aurai plus de joie
Et je voudrais être mort. »
Et tard dans la nuit il fredonnait cet air.
Les étoiles disparurent et la lune à son tour.
Le chanteur s’arrêta de jouer et rentra dormir
Tandis que dans sa tête le Blues du Désespoir résonnait.
Il dormit comme un roc ou comme un homme qui serait mort.

———————–

Poème original :

The weary blues

Droning a drowsy syncopated tune,

Rocking back and forth to a mellow croon,

I heard a Negro play.

Down on Lenox Avenue the other night

By the pale dull pallor of an old gas light

He did a lazy sway . . .

He did a lazy sway . . .

To the tune o’ those Weary Blues.

With his ebony hands on each ivory key

He made that poor piano moan with melody.

O Blues!

Swaying to and fro on his rickety stool He played that sad raggy tune like a musical fool.

Sweet Blues!

Coming from a black man’s soul.

O Blues! In a deep song voice with a melancholy tone I heard that Negro sing, that old piano moan—

« Ain’t got nobody in all this world,

Ain’t got nobody but ma self.

I’s gwine to quit ma frownin’

And put ma troubles on the shelf. »

Thump, thump, thump, went his foot on the floor.

He played a few chords then he sang some more— « I got the Weary Blues

And I can’t be satisfied. Got the Weary Blues

And can’t be satisfied— I ain’t happy no mo’

And I wish that I had died. » And far into the night he crooned that tune.

The stars went out and so did the moon.

The singer stopped playing and went to bed

While the Weary Blues echoed through his head.

He slept like a rock or a man that’s dead. –

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