Poème de Bernard Fariala Mulimbila (1955-) – Partenaire d’AFROpoésie – RDC

Né dans le pays des mains coupées,
Pays des forêts, pays des mangroves,
Où la vie n’était plus folklorique,
Où la vie avait perdu son élan idyllique,
Où la vie devenait calvaire,
De l’au-delà, ô prophète Kimbangu,
Tu ressentais tout, tu voyais tout.
Né dans le pays des mains coupées
Où fut, comme un fait panégyrique, la coupe des mains,
Où la coupe des mains fut primée,
De l’au-delà, ô Messie, ô toi plein de mansuétude,
Tu ressentais tout, tu voyais tout
Ce que subissait ton peuple démuni
De la part des démons déchus, démons
En chair et en os, vivant aux pics des monts,
Vivant de la sueur et du sang
De tes tiens appelés capons.
Nul ne savait que dans les entrailles
De ta pauvre et dévote mère
Tourbillonnait un sacré-corps
Prêt à adombrer, un jour, un fiat lux
Plein de miracles :
Miracles de guérison, miracles de rédemption.
Envoyé depuis les hautes sphères galactiques
Dans le pays des mains coupées
Où régnaient à mains de fer les sadiques,
Pareils aux soldats de la géhenne,
Ô Messie, ô toi épris d’empathie, tu pris corps
Dans les entrailles de cette dévote mère
Aux démarches et aspirations entrecoupées
Par de terribles pensums,
Les liturgies de caoutchouc.
Né dans le pays des mains coupées,
Encore dans les entrailles de cette dévote mère,
Ô pieux Avatar, tu t’éreintais aussi
Sous le poids de caoutchouc
Qui échinait le dos de ta mère.
Te voilà être né dans la terreur,
Te voilà avoir grandi sous les atrocités,
Te voilà avoir passé toute ta vie en réclusion,
Te voilà t’être retiré de ton sacré-corps pour l’Eternité
En laissant ton peuple dans les cendres ardentes,
Devenues cendres séculaires.
Hommage à toi, ô prophète Kimbangu !
Hommage à toi, ô Fils digne d’Afrique !
Intercède, ô Devin, auprès du Très-Haut
Pour ton peuple longtemps endolori !
Le 13/09/2023
Tiré du recueil inédit Belle nature ô triste terre des hommes.