Poème de Bernard Fariala Mulimbila (1955-) – Partenaire d’AFROpoésie – RDC

Fini le feu de brousse ! Finie la tragédie effrayante !
Ô cette belle nature dépeuplée, là où est passée la tempête,
Ô cette brousse dénudée, là où a ravagé la lave dévorante,
Dépouillée, ô hélas, la terre se chagrine sans trompette.
Voilà revenir, sur ce sec sol émaillé de cendres,
Les rescapés des orées, les miraculés des lisières tendres
Qui avaient gîté aux pays des hauts arbres.
Tout dépouillés, ils reviennent accablés, atterrés,
A leur terre qui les accueillent encore sur ce sol altéré.
Crapauds, tortues, gazelles, rhinocéros, agames,
Buffles… ces miraculés ! voici, ô ces miraculés, revenus
Sur ces décombres, sur cette infortunée terre ferme
Où ils retournent tristes en dandinant sur ces espaces nus.
Où ils trémoussent en sortant de leurs bauges hideuses,
Pour une nouvelle vie sur cette miséreuse terre bien généreuse,
Cet univers avili ! Ce monde de stupre ! Cette terre racornie !
Terre asséchée ! Terre déshydratée ! Ô cette terre rabougrie.
Pas d’arbres fleuris, pas de buissons caparaçonnés,
Totale règne la disette, sulfureuse la vie des rescapés,
Le vent siffle sur les brindilles nues sans même larme fine
Qui devait même, ô misérable, doucher la terre orpheline.
Parbleu ! Le Généreux Très-Haut laisse enfin pleurer ses cieux
Dont, en avalanche, les larmes divines arrosent et fertilisent
De nouveau, cette terre mère, ô Gaïa, au sol industrieux !
La voici se revêtir de neuves robes d’émeraude qui la frisent.
Dans leurs détresses, les arbres secs bourgeonnent avec peine,
Les pailles se coiffent, comme du cotonnier, de leurs usuelles
Tuniques blanches de deuil et de tristesses combien rituelles.
Ô belle nature ! Ô triste terre des hommes ! Ô rudesse vaine !
Les multiples parfums des brulis chargeant l’air de brume,
Se mêlent aussi aux odeurs des pourritures calcinées
Que, dans leur mal de survivre, les revenants hument
Faute d’un ailleurs serein où la paix n’est pas assassinée.
Combien de ces pauvres habitants de la brousse
Y avaient-ils avant le cataclysme ? Combien d’eux revenus ?
Combien d’herbes brûlées ? Combien d’arbres secs devenus ?
Combien de créatures ont-elles péri dans les tourments de course ?
Seul Dieu connaît mieux que toute autre créature.
Et la flore, et la faune, et tous les êtres de la nature,
Tous déclinent. Nul n’échappe à la jouvence.
Et tous sont talonnés, ô cosmos, par la sénescence.
Ô scélérats au cœur vipérin, ô vous tortionnaires néfastes
Qui vous complaisez dans de viles brimades funestes,
Pensez au retour de la manivelle ! Egrenés les jours du vaurien,
Car, rien ne se perd pour rien, et rien n’est rien pour rien.
Le 15/09/2023
Tiré du recueil inédit Belle nature ô triste terre des hommes.