« Abîme » d’Aimé Césaire

Poème d’Aimé Césaire (1913-2008) – MARTINIQUE (France)

Marécage boisé, Jacob van Ruisdael, musée de l’Ermitage, XVIIe siècle

Il pensa à la logique des dents du marécage

il pensa au plomb fondu dans la gorge de la
Chimère

il pensa à une morgue de becs dans le mouroir des coraux

il pensa à la prorogation sans limites à travers

les plages du temps

de la querelle séculaire

(le temps d’une éclipse d’âme il y eut en travers

de moi-même la passion d’un piton)

il pensa à un trottinement de souris dans le palais

d’une âme royale

il pensa à la voix de chiourme étranglée d’une chanson

puis par la halte sans âme d’un troupeau

à un isolât de limaces de mer coiffées de leur casque à

venin

ainsi

toute nostalgie

à l’abîme

roule

http://www.poemes.co

Laisser un commentaire