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Naissance

Waounwa Tinha Florentin (1948-) (poème et illustration) – Partenaire d’AFROpoésie – BÉNIN

Oiseau

Il y avait les autres et il y avait lui.

.

D’un côté, les descendants dignes du patriarche,

le père, les fils, les filles aussi sages que leur mère.

De l’autre côté, celui qui ne descendait de personne.

.

Tout le monde le plaisantait avec un sobriquet :

« Qui ne sait descendre ne sait monter »

.

La nuit était propice à l’effacement,

à sa disparition aux yeux des autres,

à ses propres yeux.

.

Le feu de la haine ne brûlait plus son cœur.

Le calme revenait, enterré vivant dans le noir.

.

Simple répit qui lui faisait redouter le jour jamais fatigué de se lever.

Il lui en voulait, à la nuit aussi, obstinée à tomber.

Dans leur cycle, jour et nuit le rappelaient à son point fixe,

le sobriquet,

au désir de savoir descendre et monter,

de trouver sa place au sein de la famille,

avoir un père, une mère,

des frères et sœurs.

.

Être chez lui dans l’amour des siens, gagner sa verticalité,

venir d’un village, d’une région,

enfin de quelque part.

.

Viendrait le temps où le jour aurait pitié de lui,

lui expliquerait les choses,

pourquoi il se lève,

pourquoi il n’en veut à personne,

encore moins à lui.

.

Viendrait le temps où la nuit aurait pitié de lui,

lui expliquerait les choses,

pourquoi elle tombe,

pourquoi elle ne veut cacher personne à personne,

encore moins lui.

.

En ce temps-là, il saurait ce qu’il n’aimerait pas savoir,

qu’il n’intéresse même pas la nuit,

encore moins le jour.

.

Aucun intérêt de personne, de rien.

Il comprendrait tout,

que personne n’y est pour rien.

Est-ce mieux ? … Est-ce pire ?… Peut-être les deux.

.

Lumières et ombres seraient entremêlées,

l’obligeant à ne plus rien attendre de l’une sans l’autre,

à rechercher leurs relations sans poser de questions,

à trouver des réponses sans répondre,

à essayer des esquisses à l’écart des sens,

des traces

sur une carte imaginaire,

des cicatrices impatientes

dans les ruelles de sa peau,

.

des sueurs froides ou chaudes qui coulent sans monter ni descendre,

des portes sans la prétention de verticalité,

ni la modestie des points de suspension.

.

Il serait à l’heure du tourbillon,

du vent dans la tête, une vie de souffle

ne penserait plus,

ne parlerait plus,

sourd-muet-aveugle,

enfin libre.

.

D’un horizon à l’autre.

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3 réponses »

  1. Et l’apesanteur sera sa raison d’être. Sans descendre ni monter, il demeurera là, flottant dans l’espace, mobile, traçant et retraçant des courbes qu’il n’aurait jamais sues. Le vertige l’entourera bien ; il oubliera l’absence du père, de la mère, des sœurs et frères, dans les bras de la conscience du risque, du mouvement extrême qui peut faillir à tout moment — mais pour lequel il malaxe ses jours. Le vertige est un jeu à la vie, un je à la vie.
    Pour toutes les naissances, j’offrirais bien quelque apesanteur…

    Aimé par 1 personne

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