A ma mère

Alain Mabanckou (1966-) – CONGO-BRAZZAVILLE

800px-Alain_Mabanckou_par_Claude_Truong-Ngoc_2013

J’ai planté mon mât au cœur de ce territoire

Me voici loin des miens

J’apprends maintenant à danser d’un seul pied

Et à oublier ma tradition de bipède

La terre rouge de ma contrée

N’a pas quitté mes semelles depuis la dernière transhumance

Le sommeil habite mes paupières

Mais je dors d’un seul œil

D’une seule oreille

J’ai épousé le destin de la feuille

Je me détache de l’arbre et m’envole au gré du vent

Je retombe toujours au pied de l’arbre

Et même s’il m’est arrivé d’être emporté par le courant

d’une rivière

Dans chacun de mes songes

Revient ce nom

Deux syllabes

Congo

A présent, je ne résiste plus

Quand la douleur me convoque aux heures où l’insomnie

Hante les paupières

Je retrouve les ombres nocturnes de notre village

Et mon cœur bat au rythme d’un troupeau

Apeuré par une tornade imminente

Me restent alors pour arroser le sol aride du retour

Ces larmes torrentielles qui débordent

Le lit de mes peines

Quand je rentrerai de mon pèlerinage

La porte de la demeure sera close

Quelques moutons brouteront la dernière herbe du voisinage

Je prendrai le chemin du cimetière

Et je reverrai cette tombe toute seule

Près de l’arbre qui donna naissance à mes premiers poèmes

C’est là qu’elle repose, ma mère

Et c’est là que j’habite depuis longtemps

 

Poème lu à New-York, à l’occasion du Pen American 

In, L’Année poétique 20008, Editions Seghers, 2008

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