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Hommes de tous les continents

Poème de Bernard Dadié (1916-2019) – CÔTE D’IVOIRE

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A Pierre Seghers.

Je sors des nuits éclaboussées de sang !

 

Regardez mes flancs

Labourés par la faim et le feu

Je fus une terre arable

Voyez ma main calleuse,

           noire

à force de pétrir le monde.

Mes yeux brûlés à l’ardeur de l’Amour.

 

J’étais là lorsque l’ange chassait l’ancêtre,

J’étais là lorsque les eaux mangeaient les montagnes

Encore là, lorsque Jésus réconciliait le ciel et la terre,

Toujours là, lorsque son sourire par-dessus les ravins

Nous liait au même destin.

   

          Hommes de tous les continents

Les balles étêtent encore les roses

Dans les mains de rêve.

 

Sorti de la nuit des fumées artificielles

Je voudrais vous chanter

Vous qui portez le ciel à bout de bras

            Nous

qui nous cherchons dans le faux jour des réverbères.

 

Je connais moi aussi

Le froid dans les os, et la faim au ventre,

Les réveils en sursaut au cliquetis des mousquetons

Mais toujours une étoile a cligné des yeux

Les soirs d’incendie, dans les heures saoules de poudre.

 

Hommes de tous les continents

Portant le ciel à bout de bras,

Vous qui aimez entendre rire la femme,

Vous qui aimez regarder jouer l’enfant,

Vous qui aimez donner la main

pour former la chaîne,

 

Les balles étêtent encore les roses

Dans les mains de rêve.

 

16 mai 1960

In Hommes de tous les continents, Editions Présence Africaine, 1967

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