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Et voici au bout de ce petit matin ma prière virile

Poème d’Aimé Césaire (1913-2008) – MARTINIQUE (France)

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Et voici au bout de ce petit matin ma prière virile
Que je n’entende ni les rires, ni les cris, les yeux fixés sur cette ville que je prophétise, belle,
Donnez-moi la foi sauvage du sorcier
Donnez à mes mains puissance de modeler
Donnez à mon âme la trempe de l’épée.
Je ne me dérobe point.
Faites de ma tête une proue et de moi même, mon cœur, ne faites ni un père,
ni un frère,
ni un fils, mais le père, mais le frère, mais le fils,
ni un mari, mais l’amant de cet unique peuple.
Faites-moi rebelle à toute vanité, mais docile à son génie
Comme le point à l’allongée du bras !
Faites-moi commissaire de son sang.
Faites-moi dépositaire de son ressentiment
Faites de moi un homme de terminaison
Faites de moi un homme d’initiation
Faites de moi un homme de recueillement mais faites aussi de moi un homme d’encensement.
Faites de moi l’exécuteur de ces œuvres hautes.
Voici le temps de se ceindre les reins comme un vaillant homme.
Mais les faisant, mon cœur, préservez-moi de toute haine…

 

In Cahier d’un retour au pays natal

 

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