Non classé

Haïti chérie

Poème d’Antonio Pedro Monteiro Lima (1948-) – CAP-VERT

Léogâne le 13 janvier 2010 (U.S. Coast Guard photo by Petty Officer 2nd Class Sondra-Kay Kneen )

Soudain

La terre a tremblé ce jour de janvier 2010

Soudain

L’effondrement des jours

Le vacarme assourdissant du néant

La quête vaine d’une parcelle de vie

Et le silence dans la pestilence du petit matin

Et plus rien n’est plus pareil

Et plus rien ne ressemble à rien

Les yeux hagards des survivants se hasardent

Parmi les ombres empreintes de poussières

Dans l’asservissement d’une brisure de vie

Là une main surgie au milieu des débris

Ici un visage à la bouche béante à jamais silencieuse

Un peuple entier enseveli

Un pays à l’agonie

Haïti, Haïti chérie,

Pitié

Pour ce pays de lumière et d’ombre

Pitié

Pour ce peuple au parcours singulier

Pris dans l’étau sanglant

D’une histoire dépossédée

De Généraux embrigadés héritiers de Flibustiers

En tristes sires bardés de tontons macoutes

Empaillés dans le costume emprunté d’une sanglante méprise

D’une évidente dérive

Noire est la nuit encastrée du destin

Partir est un rêve frustrant

Et rester nourrit le cauchemar

L’espoir bafoué

L’espoir contrarié

Mais l’espoir vivifié, toujours recommencé

Le désir d’avenir toujours en avant des cœurs

Toujours là où l’esprit le dispute au poison de la discorde

La nuit est longue mais la lumière vient

Me susurre à l’oreille mon frère en Mina

A luta continua e a victoria é certa

Me glisse a voix basse mon frère du Kizombo

Et l’esprit de Cabral habite tous nos frères en diaspora

En ce janvier de larmes et de sang

L’Afrique souffre là où crie un de ses fils

Et cette douleur qui nous habite

Et ce mal ancestral commun qui nous ronge

D’une aspiration toujours frustrée

Toujours castrée

Et puis soudain

Cet enfant tiré de sous les décombres

Et qui, émerveillé d’une renaissance inespérée

Lève les bras vers le ciel pour saluer la terre

Et dessiner à l’écran le V de la victoire

Et de l’avenir de ce peuple de foi

Gouverneur de la rosée

Ce sont bien là les enfants de Toussaint Louverture

Qui fit mettre genou à terre

Les grognards de l’Empereur

Ce sont bien là les descendants de Dessalines

Qui proclama contre la nuit esclave

La première République Noire « doubout »

Ah ces voix claires de femmes assouvies

Ces cris d’hommes rassasiés

Ce chant guttural monté des ténèbres d’un passé

Emmuré dans la mémoire

La résilience d’un peuple insoumis

Habité de l’épopée de ses ancêtres d’Afrique

Mandingues, Ouoloffs, Mandes, Umbundus,

Qui ont franchi les mers enchaînés

Qui ont croisé le fer avec le feu d’un Dieu diaphane

Et ont découvert la vérité du monde

Qui ont surmonté

L’humiliation forcée

La vindicte raciale dépassée

Dans une négritude apaisée

Sur les décombres du Code Noir

Non pas pitié « pou moun la »

Pas pitié mais fierté

Pour ce peuple d’Haïti

Haïti chérie

New York, 21 Janvier 2010

Catégories :Non classé

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s