Les rues (extrait)

Poème de Mostafa Nissaboury (1943-) – MAROC

Vers 1920

J’allume une cigarette et songe encore au simoun
vieux simoun
contre qui
je porte des sistres de fatalismes
vieux simoun
et planche mortuaire


où ma race avait des jujubiers sur le corps
rue
nouer dans chaque fétiche
un jeune maelstrom
rue
une poignée de sable
pour qui voudrait guérir les verrues du mensonge
je ne te connais plus
ni tes ossements
rue
tatouage de protèle
rue révolution
rue bouquiniste
rue à quatre pattes
rue
des gouines pour les affiches
rue
raz de marée
rapine
et salut la misère
le souk aux heures chaudes du matin
dans un pays de lavande et de maffia
rue chie rue massacres
le couvre-feu
et des femmes qui ramassent du sang pour des complots de sexe
rue
des poètes vendeurs de cartes postales
des charlatans et tout autour
des mecs vranzais
soudain je suis bordel
tu peux les enlever ces kholkhals
ces tâarijas
ce henné
rue
monnaie de singe
salue avec moi les hommes de gouttières
derrière les planches
le marché aux chiens
le fenugrec
je te suis avec un linge d’avortement
croise
une foule lynchée
mes idiomes
les kasbahs vides

et la ville
parce que nous sommes restés face à face la ville
rigolait
la ville
pissait
la ville
se mordait les doigts
la ville demandait mon âge
je répondais par une mygale
tu sais la rue
ce chancre
les dégueulades à une heure du matin
les tracts
les zigotos
ça me sort par le bout des ongles
retourne à Baghdad
avec tes vases
la canicule de tes nombrils
comment m’amputer des girouettes d’eau
si je décante
prosélyte décante
main sans doigts
main de fatma
main
mon autre citadelle
main de sang
queue de rat
terreur
mouche de vent
je décante
la foule décante
se coupe les orteils
voilà que je deviens chergui
main lune-main
verte

qui va là
main bégonia
ma main
qui ne sait plus voyager
main sans ongles fatale ma main j’imite le cri du chacal je suis entre mes
jambes
main
atèle
ma main
sémiramis
mon autre main sans rue
dans une poignée de sable
main
le vent
main marécage
ma main de torture
main dans chaque main
les signes les petits pères
main louve
et main
la rue
qui dit tyran
qui dit ça va
qui dit la rue
enculée
heyyy la muraille si tu savais
quelle main m’a appris la terreur des foules
je sors saignant d’amendes
la bouche rêche
si tu savais combien soudain j’ai eu mal
jusqu’à tes yeux
main mon autre rue au sortir de ce bidonville la camelote la boustifaille
hue là hop a jrada malha malade
ton kif est mélangé
puis on a joué aux cartes la banquise et moi
je suis un poète célibataire
la queue devant les commissariats
les rancunes des mokhazenis
l’état civil
je bave
concave
ba-bave
si tu savais la muraille de quelle rue je me chauffe
et comme est douloureuse la marijuana
si tu savais
dans quelle rue je me suis jeté
un enfant avait peur des mendiants
sa mère mangeait des raisins secs brûlant des herbes magiques
ça va la muraille si tu savais
comment croula la ville un coup de poing au ventre
je devins exil
et perdis mes lunettes

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