Contribution de Lamis Saidi

Texte du site partenaire Souffle inédit, traduit de l’arabe vers le français par Lazhari Labter.

https://souffleinedit.com/

Peut-être que la poésie est devenue quelque chose de rare et de précieux, quelque chose qui ne se vend ni ne s’achète, comme des souvenirs, des instants d’amour et un parfum que les écrans ne transmettent pas. Nous l’enfermons dans des livres – comme la fleur fanée de l’être aimé – non pour la vendre ou pour qu’elle soit lue par d’autres, mais pour être découverte par ceux qui hériteront de nos gènes et des caractéristiques de la terre auxquelles nos pas se sont ajoutés, tout comme ils trouvent des restes d’ossements qui leur révèlent les détails d’une vie antérieure.

Qui songe à acheter un recueil de poésie aujourd’hui ? Qui peut résister à la confusion devant des pages à moitié blanches ou des lignes courtes et empilées comme les escaliers d’une maison abandonnée ou des « plats d’après-banquet » ? Qui a l’audace et les outils pour écrire ce qui manque aux mots du poète ? Le lecteur de poésie en a toujours été l’auteur, et celui qui lit la poésie s’implique d’une manière ou d’une autre dans son écriture. Dans le passé, tout le monde écrivait de la poésie à un moment donné de sa vie, précisément au moment où nous découvrons le premier goût des choses. Les poèmes étaient écrits pour les battements du cœur qui habitent un autre corps, pour des enfants dont on n’espérait pas le retour, pour ces lignes colorées sur la carte que nous appelons la patrie, et pour les moments de solitude, cette compagne permanente. Mais qui écrit de la poésie aujourd’hui ? Qui oserait affronter son être, sa peur et les battements de son cœur, avec quelques mots qui sonnent comme des pièces de monnaie dans la tirelire d’un enfant ?

Le lecteur, l’éditeur et le critique se détournent aujourd’hui de la poésie, parce que le poète qui vit dans la conscience de chacun de nous, et qui tisse des liens cachés et intimes avec le langage, se retire et sa voix s’éteint, et parce que la langue que nous fabriquons de nos mains comme des jeux fabriqués par les enfants pauvres, n’est plus la chose la plus précieuse que nous présentions  – comme offrande – à un autre être humain.


Lamis Saidi

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