Poème de Bernard Fariala Mulimbila (1955-) – Partenaire d’AFROpoésie – RDC
Réduisez, ô renégats, vos délices et vos morgues
Qui vous font perdre le sens
De l’humanisme, et vous rabaissent.
Protégez vos terres des prédateurs
Ignominieux, ces patrimoines de vos aïeux.
Pensez à vos nations, sans raison, détruites,
Honorez vos peuples sur qui reposent
Vos redoutables règnes vibrant des tonnerres
Et des foudres, pareils aux déluges de grêles.
Malgré eux, ô seigneurs, sans sortir de leur torpeur,
ils vous applaudissent malgré l’oppression ;
Cependant, les pervertis vous encensent
En vous adorant comme des demi-dieux.
Au moment où, avec remords, ces misérables
Se dessèchent grommelant,
Les autres s’engraissent et s’abreuvent
Du nectar comme des abeilles inconscientes
Des sombres cycles de l’âme.
Vers l’abîme de la mort, ces peuples !
Prompts à vous déchoir, sans merci,
Mais aussi à vous glorifier, si vous leur évitez,
Ô seigneurs, l’hécatombe et les malheurs.
Tandis que s’évapore leur espoir,
Vos notoriétés s’estompent également sans peine.
Jamais, dans la nature, la belle mélodie
Du canari ivre de joie n’a consolé, o parjure,
L’affamée cigale, jour et nuit, en larmes.
Cloués au pilori vos peuples, leurs détresses
Soufflent, dans les rues, sans détour, les bourrasques,
Et, puisque sans valeur, le sang des innocents arrose la poussière.
La vie corrompt la vie, rien ne compatit à cette précieuse existence.
Murmurant de tristesse ou parfois de fugace liesse,
Ils vous observent impuissants.
A vos discours alléchants, ô pauvres monarques,
ces peuples,
Remuant l’espoir, s’accrochent et, à tort, s’entretuent.
De vos philippiques, ils se rengainent ou se dérobent,
Car vos pompes rhétoriques ne reflètent rien d’empathique.
Plus vous les écoutez, plus ils vous réaffirment leur loyauté ;
Moins vous les harcelez, moins vous ressentez des épines à vos pieds.
Si peu que vous assurez leur subsistance,
Vous vous parerez des honneurs
En dépit de vos faramineux avoirs entassés au détriment d’eux.
Croyez-vous, ô renégats, être heureux à vos perchoirs !
Ô quelle illusion ! Quelle ostentation !
La raison est pour le souverain primaire
muselé par vos funestes puissances.
Il n’existe pas de corps vif sans tête, ni de tête bien pensante sans corps.
Cette harmonie là ne consacre-t-elle pas la survie de l’organisme ?
Ô seigneurs ! Méfiez-vous des leudes, flatteurs le jour
Et la nuit des hiboux, neveux des chouettes,
Voisins des chauves-souris.
Les mouches ne se ruent-elles pas davantage
Sur les blessures que sur les égratignures ?
Alors qu’elles les infectent en les couronnant
Des palmes sans mérite ni estime !
Ne laissez pas, ô renégats, la magnificence des éloges empoisonnés
Vous détourner de votre rôle de garants des nations.
Car rien ne vous élèvera sans l’amour avéré envers vos peuples.
Ainsi, vous laisserez des effigies indélébiles
Dans l’histoire de vos pays décousus.
Les trônes souvent en dispute, ô seigneurs,
véritables croix de martyr, loin de parures ni de convoitise.
Sachez que vos jubilations corruptibles
Enchaînent les cœurs de vos peuples meurtris,
Et sacrifient leurs désirs inassouvis de la vie.
Ô triste terre des vivants ! Ô vanité du monde.
Poème tiré du recueil O triste terre des vivants
(Poésies et contes), inédit.
