Métisse

Waounwa Tinha Florentin (1948-) – Partenaire d’AFROpoésie – BÉNIN

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Beya Gilles Gacha en illustration

Tu préfères

le jour, quand il se lève,

la nuit, quand elle tombe,

.

Jamais aimée l’un sans l’autre,

Te voilà écartelée de naissance.

.

Petites mains plaquées contre le jour

arrêtée à l’aube,

Petits pieds plaqués contre la nuit

arrêtée au crépuscule,

.

Allongée entre ombres et lumières

Tu inaugures à l’infini

des savoirs en saveurs

des sens enflammés

d’énigmes

de beauté

d’amour

Tu existes

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6 réflexions sur “Métisse

  1. Nuit et Terre, Ciel et Jour…
     » Écartelée ». Tenant le jour dans ses  » petites mains »; la nuit en équilibre sur ses  »petits pieds »…Suspension…
    Fragilité extrême, condition ultime pour être au Monde.

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  2. Lisez plutôt : « Jamais aimé l’un sans l’autre », sans un « e » muet à « aimé » (conformément à l’original) au lieu de « Jamais aimée l’un sans l’autre » ! Car c’est elle qui n’a jamais aimé l’un sans l’autre…
    Fabienne PASSAMENT : vous restez fidèle aux entrelacs remarqués dans un autre commentaire et dont l’idée revient ici dans la métaphore que vous soulignez. : suite dans les idées qui permet de connaître votre sensibilité…
    La mienne se nourrit de l’entre-deux, trois, quatre et plus encore, là où quelque chose de la vie déborde les identités remarquables reposantes, interpelle à cru, repousse mais aussi attire…nous assignant à l’effervescence de cette fragilité salutaire que Claude D. ne perd jamais de vue, preuve d’un éveil-hommage à la vie, qui en étonnera plus d’un…
    Merci à vous…

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  3. (L’impatience du regard à se jeter sur les mots, à les consommer à peine le titre lu, à relever les sens, à humer par le sens, extraire les saveurs en s’appesantissant sur chaque syllabe, sans presque un regard pour le nom de l’auteur… Tinha. Les mots s’entre-parlent et convient le passant à leur danse intime…un pas…nous dressons l’oreille : et nous sautons dans le texte poétique, élancé pourtant par une main humaine.)
    La petite graine pousse en cherchant la clarté du jour, son rayon chaud et limpide, et l’humide obscurité de son envers, la nuit, la terre, , le sein chaleureux dans lequel on s’enfouit, on se couvre, et s’enfuit. Les deux la font mûrir. Écartelée ? Jamais ! : « Tu » ne saurait l’être, dans le sens du tiraillement, du choix sévère entre deux attitudes de sa composition, voire du supplice de suivre un chemin plutôt qu’un autre. « Tu » se constitue dans l’un comme dans l’autre, est à la nuit, et au jour, traverse ses éphémérités cycliques et en garde leur empreinte – d’une manière peut-être différente parmi les deux, et en cela, cette reconnaissance plus grande au jour ou à la nuit, se relève la saveur singulière de « Tu ».
    « Jamais l’un sans l’autre » ; et ce qui semble contraire, dans nos minces perceptions, est en fait les deux pièces d’un unique tableau, dont la chute de l’un dans l’autre est figurée par les dégradations crépusculaires, sidérales… Et tout paraît nuance aux couleurs de la vie.
    À l’entrée, la parcimonie des mots, la petitesse, la délicatesse de « Tu » apparaissant comme un nouveau-né, fragile, naïf presque, s’ouvrant lucide aux entités diurnes et nocturnes ; et ce « Tu » équivoque se déroule presque à la fin en se jetant, en allant au cœur de l’existence, avec une frénésie latente, offert et spontané, criant – en réalité « Tu »-même – : « Tu existes ». J’existe.
    « des savoirs en saveurs » : exception du verbe qui m’inspire singulièrement.

    Aimé par 1 personne

  4. En écrivant, j’aime bien être pris au mot, suivi à la lettre. Ce sont les ingrédients de la langue indispensables à la préparation des phrases à peine revenues en rythme, entre les fantaisies ou coquetteries de la ponctuation : ici, elle joue à la police, fronçant les sourcils en un point final [.] qui arrête l’articulation et fait taire la phrase ; là, elle s’exclame [ !] en sa petite verticale ajustée à un point nécessaire mais apparemment insuffisant, ou s’interroge [ ?] en posant une petite tête improbable sur des épaules recourbées attachées au reste du corps réduit à une seule jambe hésitant à tenir debout et qui, fatiguée en fin de compte, se murmure en une suspension […] de trois petits points rappelant ces petites angoissées de virgules du texte, qui cherchent toujours à se cacher derrière les mots.
    Sans rien dire des essaims plus ou moins épais de phrases agglutinées en chœurs de vocalise, dont on voit se détacher une, toute maigre, d’autant plus solitaire qu’elle voudrait entendre l’écho de son accent, sa liberté d’expression jamais prononcée, ouvrant une bouche dont rien d’autre ne sort qu’un souffle impalpable, la rumeur d’une chamade, d’un sang qui coule fort, si ce n’est une sueur aussi chaude que froide défiant tout épiderme de pouvoir la recueillir. Autant de voix basses du corps parlant qui n’ont rien à envier au bel canto, voix d’un corps sans organe propriété privée de personne, voix qui sublime chacun(e) ou l’emporte nager dans la commune nappe phréatique humaine mais à une condition : que chaque poème, par sa puissance indicible d’évocation explose en l’auteur/lecteur, les états d’âme, l’esprit, le cœur, le corps. En un mot, perdre pied pour reprendre vie anonyme, dans une existence impersonnelle, universelle et ce, depuis la singularité d’une sensibilité donnée, la mienne, la vôtre, les leurs. Et alors ?
    Alors seulement commence l’œuvre du métissage : ces espacements entre les strophes qui détestent la négligence d’une plume et l’inattention du lecteur à la page ouverte sous les yeux : chef-d’œuvre de silence dont le regard exulte avant l’appel des mots, de leurs sens.

    Essaims de mots, chœurs de voix, solos timbrés en voltiges folles, arrière, avant, pointé, posé, vide, plein, espaces, durées, vitesses, grands vents, tourbillons, brises ou bourrasques : c’est en cette danse que je reconnais mes congénères avant de les connaître, danse d’une poésie monde dont le cher E. Glissant nous a laissé le flambeau, à tenir et porter le plus loin possible, mission, vocation, destin, comme on voudra…

    N.B. Après la correction de « jamais aimée » en « jamais aimé » sans « e » muet pour les raisons évoquées, je viens de découvrir une coquille et vous prie de corriger  » jour arrêtée à l’aube » en « jour arrêté à l’aube » sans « e » muet : c’est le jour qui est arrêté conformément à l’original manuscrit. Merci

    Aimé par 1 personne

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