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Le pot enchanté

Conte de Yacoub Artin Pacha (1842-1919) – ÉGYPTE

Image satellite de l’Égypte


Trois sœurs vivaient ensemble. Elles filaient du lin et gagnaient leur vie en commun.

La plus jeune était aussi la plus adroite, elle filait toute seule plus que les deux autres ensemble, et de temps en temps achetait de son propre argent quelque chose pour elle-même.

Un jour qu’elle revenait du marché avec un vieux pot en albâtre, ses sœurs aînées se mirent dans une violente colère et pensèrent la maltraiter pour ses extravagances.

Mais le pot était enchanté et la jeune fille n’avait plus besoin de garder l’argent qu’elle gagnait, car, si elle voulait manger, son pot en albâtre la nourrissait, si elle voulait s’habiller, son pot lui fournissait des vêtements ; en un mot, pas un vœu que le pot n’accomplît.

Craignant la jalousie de ses sœurs, elle faisait semblant de vivre de ce que ses aînées lui donnaient : de leurs restes, et de s’habiller de leurs vieilles nippes ; mais quand elle était seule, elle se dédommageait, en ayant recours au précieux talisman qu’elle possédait.

Un jour qu’il y avait une grande réjouissance à la Cour, on invita les trois sœurs, car elles étaient des demoiselles de condition et fort présentables, quoique pauvres.

Les deux sœurs aînées se parent de ce qu’elles ont de mieux et vont au palais, en laissant leur cadette à la maison pour la garder.

Dès qu’elles sont parties, la troisième sœur demande à son pot en albâtre un costume vert, rouge et blanc, des bijoux étincelants et tout ce qu’il faut pour faire bonne figure à la fête.

Ainsi attifée, elle va au Palais ; personne ne la reconnaît, pas même ses sœurs, tellement elle est éclatante de beauté ; elle fut, pour ainsi dire, la reine de la fête.

Quand elle voit que la soirée tire à sa fin, elle se sauve, mais, dans sa précipitation, en traversant la cour du palais, elle laisse tomber un de ses bracelets en diamant dans l’auge remplie d’eau où on menait s’abreuver les chevaux du roi.

Le lendemain matin, lorsque les chevaux vont à l’auge, aucun d’eux ne veut en approcher et tous reculent effrayés. Les palefreniers visitent l’auge et y découvrent le bracelet en diamant qui, par l’éclat de ses feux, effrayait les chevaux.

Le fils du roi, qui était présent, considère l’objet et déclare à son père qu’il veut se marier avec la femme à qui appartient ce bracelet.

Des huissiers parcourent toute la ville pour trouver l’heureuse propriétaire du bracelet.

Après quinze jours de vaines recherches, on finit par arriver à la maison des trois sœurs, on essaye le bracelet sur le poignet de chacune d’elles et on constate qu’il s’ajuste à ravir sur celui de la cadette.

Le mariage est annoncé et les noces commencent.

Le dernier jour, après que la jeune fille eût pris son bain, ses sœurs la coiffèrent et lui enfoncèrent dans la tête de grandes épingles en forme d’aigrette.

Dès que la coiffure magique fut terminée et que la dernière épingle fut enfoncée, la jeune fille se transforma en tourterelle avec une houppe sur la tête et s’envola à tire d’ailes par la fenêtre.

Tous les jours elle venait se poser sur la fenêtre de la cuisine du roi et roucoulait tristement.

Le roi avait donné ordre de la faire prendre vivante. Enfin, un jour on parvint à l’attraper et un magicien qui se trouvait pour lors à la Cour pour soigner le jeune prince qui se mourait de consomption et d’amour, reconnut sur la tourterelle le talisman.

Il enleva délicatement les épingles et, lorsqu’il retira la dernière, la tourterelle redevint jeune fille.

Le prince reconnaissant sa fiancée fut guéri aussitôt et depuis ils vécurent heureux et contents.

La princesse pardonna à ses sœurs et les pourvut de dot et de mari [1].

  1.  Comparer avec le conte de Cendrillon.
    En Égypte, dans les appartements, les femmes vont nu-pieds, la pantoufle de Cendrillon est remplacée par le bracelet du poignet, et dans d’autres contes analogues par le bracelet à la cheville.

In Contes populaires inédits de la vallée du Nil. Maisonneuve et Cie, libraire-éditeurs (Les Littératures populaires, tome XXXII), 1895 (p. 63-67).

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