Que j’erre au long des rues bruyantes…

Poème d’Alexandre Pouchkine (1799-1837) – RUSSIE

Le Chêne de Flagey – Gustave Courbet -1864 (Wikiart)

Que j’erre au long des rues bruyantes,

Que j’entre dans un temple plein,

Que j’aille aux assemblées brillantes,

Mon rêve me poursuit sans fin.

Regardant fuir les ans, je pense :

Nous devrons tous – oui, tous – un jour

Partir pour l’éternelle absence –

Et l’heure sonne… À qui le tour ?

Je dis au chêne solitaire,

Au patriarche de nos bois :

Tu survécus à tous mes pères,

Et tu vivras bien après moi.

Je dis tout bas lorsque j’embrasse

Un jeune enfant : adieu, chéri !

Je pars pour te céder la place,

Je vais pourrir, et toi – fleuris !

J’ai pris le pli de reconduire

Par la pensée les jours, les ans,

Tâchant sans cesse de prédire

L’approche du fatal instant.

La mort doit-elle me surprendre

En route, en mer, dans les combats ?

Ou bien l’on enfouira ma cendre

Dans le vallon voisin, là-bas ?

À mon cadavre inerte et blême

Qu’importe où se décomposer ?

Pourtant, plus près des lieux que j’aime

Mon vœu serait de reposer.

Pour que devant ma sépulture,

La vie reprenne ses ébats,

Qu’indifférente, la nature

Répande un éternel éclat.

       1829

Traduction de Cyrilla Falk (1921-2006), extraite du site https://bibliotheque-russe-et-slave.com/

Texte original :

Брожу ли я вдоль улиц шумных,

Вхожу ль во многолюдный храм,

Сижу ль меж юношей безумных,

Я предаюсь моим мечтам.

Я говорю: промчатся годы,

И сколько здесь ни видно нас,

Мы все сойдем под вечны своды

И чей-нибудь уж близок час.

Гляжу ль на дуб уединенный,

Я мыслю : патриарх лесов

Переживет мой век забвеннный,

Как пережил он век отцов.

Младенца ль милого ласкаю,

Уже я думаю: прости!

Тебе я место уступаю:

Мне время тлеть, тебе цвести.

День каждый, каждую годину

Привык я думой провожать,

Грядущей смерти годовщину

Меж их стараясь угадать.

И где мне смерть пошлет судьбина?

В бою ли, в странствии, в волнах?

Или соседняя долина

Мой примет охладелый прах?

И хоть бесчувственному телу

Равно повсюду истлевать,

Но ближе к милому пределу

Мне все б хотелось почивать.

И пусть у гробового входа

Младая будет жизнь играть

И равнодушная природа

Красою вечною сиять.

     

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